Dimanche 1er janvier 2006 - Sainte Marie Mère de Dieu

La parole dépasse la pensée.

Nombres 6,22-27 - Psaume 66 - Galates 4,4-7 - Luc 2,16-21
dimanche 1er janvier 2006.
 

La parole dépasse la pensée.

On s’excuse parfois ainsi de s’être laissé aller à proférer des propos excessifs : mes paroles ont dépassé ma pensée. Mais, plus souvent sans doute, nous éprouvons que les mots nous manquent pour exprimer ce que nous voudrions dire. C’est qu’à l’occasion les événements extérieurs, et aussi les mouvements intérieurs, prennent pour nous des proportions terribles, qui nous dépassent. Il n’est pas étonnant, dès lors, que nous fassions le tri : nous nions ce que nous ne pouvons pas reconnaître, nous oublions ce qui nous embarrasse, nous refoulons ce qui nous tourmente.

Marie au contraire, nous dit l’évangile, « retenait tous ces événements ». Il faut préciser que le mot du texte grec, “rhêma”, comme l’hébreu “davar”, signifie d’abord “parole”, et ensuite aussi “événement”. La locution courante “Parole du Seigneur” traduit l’hébreu : “Devar Adonaï”, “davar” devenant “devar” à l’état construit.

Comment Marie faisait-elle pour retenir tous ces propos et ces prodiges, alors qu’à sa place nous aurions sûrement fait le tri ? Avait-elle plus que nous la grosse tête ? Au contraire ! Son humilité merveilleuse, son obéissance et sa charité lui permettaient de recueillir en elle ce qui la dépassait non moins que les autres. C’est ainsi qu’elle a pu devenir “Mère de Dieu”.

“Mère de Dieu” : ce titre est tellement énorme qu’il nous semble une expression excessive, née de l’enthousiasme religieux des Pères plus fort que leur rigueur théologique. Nous dirions volontiers que leur expression a dépassé leur pensée. Mais c’est que nous n’avons justement pas l’humilité parfaite de Marie qui l’a rendue capable de contenir en son humanité ce qui dépasse infiniment toute capacité humaine.

Au contraire, la prétention des sages et des savants de pouvoir élever leur pensée à la hauteur de tout ce qui arrive et saisir la réalité même par le moyen du concept, cette prétention est la racine des idéologies totalitaires dont les fruits vénéneux furent les pires crimes dont notre pauvre humanité ait jamais souffert.

Il n’est pas de rapport juste à la vérité sans humilité, sans reconnaissance que la réalité et tous les événements de l’histoire du monde ne cessent de nous dépasser. C’est pourquoi le pape Benoît XVI, dans son message pour la Journée mondiale de la Paix que nous célébrons aujourd’hui, explique que « Là où l’homme se laisse éclairer par la splendeur de la vérité et quand il le fait, il entreprend presque naturellement le chemin de la Paix. » À l’inverse, quand il ne le fait pas, il expose le monde à toutes les horreurs de la guerre.

Qui mieux que ceux qui reconnaissent la Vérité même en l’enfant de la crèche, ce Fils de Dieu fait homme qui est mort et ressuscité pour nous, pourrait l’accueillir en esprit d’humilité, d’obéissance et d’adoration ? Ce qui n’empêche personne de penser, au contraire : Marie « méditait tout cela dans son cœur » signifie qu’elle y appliquait toutes ses facultés d’intelligence, de volonté et de sensibilité dont le “cœur” est le symbole unificateur.

C’est le privilège de la Vierge Marie que d’avoir conçu et enfanté Jésus, le Verbe fait chair. Mais nous ne sommes pas privés de l’accès à cette dignité suprême, et pour tout dire inimaginable pour les hommes, qui s’énonce dans le titre de “Mère de Dieu”.

Comme les bergers, qui n’étaient sûrement pas tous des têtes pensantes patentées, nous pouvons recueillir les paroles de Vérité qui nous sont adressées de la part du Seigneur, même quand elle nous dépassent extrêmement, et nous faire les témoins fidèles de ce qu’il nous est donné de voir de leur réalisation. Ainsi nous concevons en nous-même la Parole divine, et nous la mettons au monde pour tous ceux qui nous entendent.

Celui qui nous parle maintenant dans la célébration de l’Eucharistie et se donne à nous en nourriture de vie éternelle, le Verbe fait chair, c’est lui qui se confie à nous pour être offert à tout homme en ce monde.

Car le don de la Parole dépasse tout ce qu’on peut imaginer.

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