Dimanche 25 décembre 2005 - Jour de Noël

Si vous le tournez dans le bon sens, tout s’éclaire.

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
Sonntag 25. Dezember 2005.
 

Si vous le tournez dans le bon sens, tout s’éclaire.

Si l’on ne sait pas tenir à l’endroit le tableau énigmatique où il faut plonger longuement le regard pour que le portrait qui s’y cache émerge de l’arrière-plan, les chances sont minces d’y arriver. Commencer par regarder dans le même sens que l’auteur est un bon début pour parvenir à voir l’œuvre telle que l’a voulue son créateur.

Ou encore, si vous tentez de comprendre le babil d’un tout-petit comme si c’était une autre langue à traduire, vous y renoncez rapidement. Mais si vous vous tournez vers son père qui lui parle, vous entendez bientôt l’enfant essayer de reproduire le son que font pour lui les phrases paternelles.

Le prologue de l’évangile de saint Jean est à la fois un tableau qu’il faut regarder à deux fois pour y reconnaître le propos de l’auteur, et l’histoire d’un enfant qui imite son père. De là viennent le caractère étrangement répétitif du texte et l’usage inhabituel et solennel d’un mot qui nous rappellerait plutôt l’école et les livres de classe : le Verbe.

Il faut écouter les phrases successives du prologue en tournant le regard vers Jésus et, comme à travers lui, vers le Dieu unique et éternel tel qu’il est en lui-même avant les siècles. Ainsi, lorsque le texte reprend : « Il était au commencement auprès de Dieu », nous comprenons que ce n’est pas une redite, mais la reprise, précisément au sujet de Jésus, de ce qui a d’abord été dit de la deuxième personne de la Trinité.

Le “Il” qui apparaît au verset 2, c’est l’enfant né cette nuit dans une mangeoire, mais dans toute l’extension de sa vie : c’est Jésus qui a grandi, qui a passé en faisant le bien et en révélant aux hommes la vérité et le salut, qui est mort sur la croix, qui est ressuscité, et que Dieu a élevé à sa droite.

Un certain Théophile, tout jeune mais à l’esprit vif, demandait l’autre jour à son père : Mais alors, avant la naissance de Jésus, ils n’étaient que deux dans la Trinité ? Il avait bien compris que Jésus est vraiment la deuxième personne de la sainte Trinité. Il fallait encore qu’il entende que le Verbe éternel était “devenu” Jésus en prenant chair de la Vierge Marie.

Ce que la doctrine énonce de façon synthétique en parlant du mystère de l’Incarnation reste pour nous un inépuisable sujet de méditation émerveillée. C’est ainsi que nous devons entendre le prologue de Jean, en portant alternativement le regard sur la personne de Jésus, à la fois Dieu et homme, et sur la Parole du Père qu’il est éternellement avant le temps.

Nous avons entendu l’évangéliste nous dire d’emblée que le Verbe était “auprès de Dieu”. La préposition utilisée, “pros”, peut en effet simplement signifier “auprès de” dans le grec de l’évangile ; mais elle peut aussi garder sa valeur classique de “vers” avec l’idée de mouvement. Or, si nous entendons ici que le Verbe était “tourné vers Dieu”, tout devient finalement plus clair.

Finalement, mais pas d’abord. Car il n’est pas évident qu’une parole puisse être tournée vers celui qui l’émet. Au contraire, on l’imagine allant en direction de ceux à qui elle s’adresse. Pourtant, pour ce qui est de Jésus en personne, nous comprenons bien qu’il soit tout entier tourné vers le Père.

« Le Fils fait tout ce qu’il voit faire au Père », nous dit Jésus dans le même évangile selon saint Jean. Nous le savons en effet, le Fils est la parfaite icône et le parfait imitateur du Père. Comme un père est tourné vers son enfant pour lui parler, et l’enfant vers son père pour l’écouter et l’imiter, ainsi le Fils est engendré du Père et s’offre à lui en action de grâce.

Si Jésus est tout entier tourné vers les hommes qu’il est venu sauver au prix de sa vie, cela ne le fait pas se détourner du Père, au contraire, puisqu’il accomplit ainsi la mission qu’il a reçue de lui. Mais il se place comme au-delà de nous afin de nous porter vers celui à qui il veut nous rendre comme des enfants chéris.

Si nous ne nous convertissons pas, si nous ne nous détournons pas du monde et de ses séductions pour nous offrir à Dieu avec le Fils et en lui, nous ne pouvons pas comprendre le Prologue. Nous le rêvons comme un “poésie”, une pièce en langue inconnue dont il faudrait s’enchanter de la musique, ou comme un traité de métaphysique à l’usage de spécialistes plus ou moins maniaques.

Tandis que si nous écoutons la Parole pour la garder et la mettre en pratique, Dieu accomplit en nous la révélation du Verbe éternel en nous portant vers lui en son Fils Jésus Christ.

Alors nous sommes tournés dans le bon sens et, pour nous, tout devient lumière.

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