Dimanche 8 janvier 2006 - L’Épiphanie du Seigneur

Nous sommes allés dans le ciel.

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 8 janvier 2006.
 

Nous sommes allés dans le ciel.

Mieux : nous sommes allés sur la lune.

Les cosmonautes, en effet, sont assez nombreux, mais il y a peu d’astronautes. “Astronaute”, de “aster”, l’étoile, l’astre, et “naute”, le navigateur. Donc, nous avons marché sur la lune, tout le monde connaît l’histoire : la course à l’espace, la volonté politique américaine, les efforts soutenus de la NASA et le succès final que nous étions des centaines de millions à voir en direct à la télévision. Même ceux qui n’y étaient pas connaissent la fameuse phrase de Neil Armstrong : « Un petit pas pour nous, un grand pas pour l’humanité ».

Ce fut certes un événement pour l’humanité, car tous les hommes ont rêvé de la lune. Surtout les marins et les poètes qui la trouvent si belle, et qui la voient chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Mais fut-ce un grand pas ? Fut-ce seulement un progrès ? Le rêve de l’impossible étoile stimule puissamment l’activité des hommes entreprenants, tandis que la nostalgie d’une conquête passée ne pousse guère le monde en avant. Voilà donc plutôt une utopie perdue, un moteur en moins pour les terriens.

Rares et bizarres sont les gens qui ne croient pas que c’est vraiment arrivé, exceptionnels ceux qui n’y voient pas un événement merveilleux entre tous. Mais cette entreprise apparaît aujourd’hui surtout inutile et dépassée, comme l’emblème d’une époque de progrès technique inconscient et débridé que nous payons maintenant au prix fort dans notre environnement.

Et la naissance de Jésus, n’est-elle pas, bien plus encore que nos pas sur la lune, de l’histoire ancienne ? L’affaire est bien connue : le dessein de Dieu de sauver tous les hommes du péché et de la mort, la volonté du Seigneur de tenir ses promesses à son peuple Israël, les vicissitudes de l’Alliance et les progrès de la Révélation, et enfin, lorsque les temps furent accomplis, l’incarnation du Verbe éternel conçu du Saint Esprit par la Vierge Marie.

Tout le monde aujourd’hui connaît Jésus. Rares et bizarres sont les gens qui ne croient pas à son existence historique, exceptionnels ceux qui ne voient pas en lui un homme merveilleux entre tous. Mais le christianisme apparaît aujourd’hui surtout inutile et dépassé, comme le comble d’un ancien régime religieux de l’humanité qui doit maintenant faire place aux réalités politiques d’une société internationale rationnelle et laïque.

Et pourtant, le ciel est venu sur notre terre.

Mieux que ça : Dieu lui-même s’est fait terrien, fils d’Adam. Les mages, ces astronautes de l’Épiphanie, l’ont contemplé de leurs propres yeux : à la vue de l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. Et nous disons aujourd’hui : « Nous avons vu le Verbe fait chair, la Parole de la vie née de la Vierge Marie. » Ce “nous” est celui de toute notre humanité, mais seuls l’assument ceux que Dieu rassemble en son Église une, sainte, catholique et apostolique.

Pourquoi le roi Hérode et le tout Jérusalem avec lui sont-ils effrayés par la venue des mages ? Parce qu’ils ont peur de perdre leurs privilèges. C’est ainsi que les chefs du peuple vont pousser le Christ jusqu’à la mort de la croix. Mais en voulant les garder, ils vont tout perdre. Tandis que lui, au prix de sa vie, obtiendra leur rédemption et celle du peuple ainsi que de la multitude. Seule la peur de perdre de faux trésors peut nous rendre aujourd’hui indignes de notre vocation ecclésiale. Si nous y cédons, nous continuerons à nous enfoncer dans la crise et la diminution, et nous manquerons à notre mission de lumière du monde.

Aujourd’hui, à la suite des mages, approchons-nous donc du nouveau-né de la crèche et offrons-lui nos trésors : l’or de la foi, l’encens de la prière dans l’espérance et la myrrhe de la charité. Cette foi est plus précieuse que tout, en effet, quand elle est vraiment celle de l’Église que nous accueillons de tout notre cœur, de toute notre intelligence et de toute notre force. Et notre prière touche le ciel sans délai si elle est celle de l’Église à laquelle nous nous livrons tout entiers. Quant à l’amour qui donne sa vie pour ses amis, qui livre sa personne en sacrifice d’action de grâce pour le salut en Jésus Christ, c’est le trésor des trésor, celui qui demeure pour toujours dans le cœur de Dieu.

Alors l’Église est la lumière de Dieu qui brille aujourd’hui au milieu du monde pour la joie de tous les vivants. Alors Jésus n’est pas une utopie perdue, un exemple de plus en plus lointain pour les terriens, mais le Christ qui se montre aux hommes comme l’étoile vivante de leur bonheur à venir. Alors l’Esprit Saint accomplit toute sanctification dans ce monde pour l’arracher au Mauvais et le conduire jusqu’au Père très aimant.

Ainsi l’Église est l’humanité qui va vers le ciel en portant dans ses bras celui qui l’y mène.

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