Dimanche 15 janvier 2006 - Deuxième Dimanche

C’est dans l’air pur du petit matin que la voix porte le plus loin.

1 Samuel 3,3-19 - Psaume 39 - 1 Corinthiens 6,13-20 - Jean 1,35-42
dimanche 15 janvier 2006.
 

C’est dans l’air pur du petit matin que la voix porte le plus loin.

Calme et limpide, l’air est pourtant fait de milliards de molécules mobiles qui ne cessent de se frôler, de se heurter et de se communiquer l’énergie qui les anime.

Telle est l’Église, composée de nombreux disciples du Christ appelés à se rencontrer fréquemment pour partager le don de l’Esprit Saint qui les fait vivre.

Vous trouvez que j’idéalise ? Que l’Église réelle ressemble souvent plutôt à un panier de crabes dont s’éloignent les sensibilités les plus délicates ? Voyons ce qu’il en est dans notre évangile, en ce petit matin de l’Église que nous décrit saint Jean, lorsque Jésus appelle et rassemble ses premiers disciples.

Tout commence avec les deux hommes que Jean-Baptiste adresse à Jésus. Ils vont le voir comme s’il s’agissait de passer d’un rabbi à un autre, d’un bon maître de sagesse à un meilleur. C’est pourquoi ils lui demandent : « Où demeures-tu ? » C’était la coutume en ce temps-là que les disciples choisissent le maître à qui ils désiraient s’attacher pour fréquenter son école, ce qui consistait concrètement à aller chez lui.

En précisant la traduction de “rabbi”, l’évangéliste souligne à quel point les deux sont encore loin de savoir à qui ils ont à faire. Mais après un seul jour auprès de lui, voilà qu’André dit à Simon : « Nous avons trouvé le Messie. » Nous pourrions nous émerveiller de cette découverte rapide et complète de l’identité profonde du maître. Mais, là encore, en traduisant le terme hébreu en grec (autrement dit : “le Christ”), l’évangéliste nous donne à entendre que ce titre ne signifie pas nécessairement plus qu’une précompréhension limitée du mystère du Fils de Dieu.

La preuve en est la prétention d’André de “l’avoir trouvé”. En réalité, les deux n’ont rien trouvé d’eux-mêmes, ils ont plutôt été trouvés lorsque Jean-Baptiste leur a désigné Jésus. De même, Simon est trouvé par le Christ lorsque André “le trouve en premier” et l’amène à Jésus qui lui dit comment il s’appelle, d’où il vient et ce qui lui arrivera. Nous croyons chercher Dieu, aller à lui et faire sa connaissance par nos propres moyens, alors que c’est lui qui prend toute initiative pour nous tirer progressivement de l’ignorance et de l’incrédulité de manière à faire de nous des disciples dignes de ce nom.

À cette fin, Dieu se sert des uns en faveur des autres, alors même que les uns et les autres sont encore très imparfaits. Vous vous rappelez cette parole du pape Benoît XVI, l’une de ses premières après son élection, nous invitant à rendre grâce à Dieu qui accomplit son œuvre à l’aide d’instruments insuffisants. Quel merveilleux et bienfaisant témoignage d’humilité et de vérité il nous a donné par ce mot et quelques autres, comme autant de joyaux offerts par ce nouveau pasteur à l’Église du Seigneur.

Insuffisants, nous le sommes tous de quelque manière, mais il arrive aussi que nous soyons très indignes. Pourtant, même dans ces tristes conditions le Maître parvient à nous rendre utiles. Au temps du prêtre Éli, le service du Seigneur était confié à ses deux fils qui se conduisaient en vauriens, et le peuple tout entier se détournait de son Dieu. Et pourtant, c’est bien par Éli que Samuel fut conduit à répondre à l’appel qui s’adressait à lui. De même, c’est par André que Jésus a rejoint Simon, mais c’est bien Simon que Jésus a mis “en premier” pour lui donner le nom araméen de “Képha”, qui signifie “pierre”, mais qui évoque aussi le grec “képhalè », la tête.

Si ce passage de Saint-Jean nous décrit donc, en somme, le petit matin de l’Église en ses débuts sur la terre du Seigneur, sa portée dépasse ce moment inaugural. Car, de même que l’Évangile est toujours nouveau, de même l’Église naît nouvelle à chaque événement de la Parole qui la suscite. Nous sommes tous des disciples plus ou moins imparfaits que Jésus atteint par le moyen d’autres disciples pour un nouveau commencement de vie divine. Malgré tous nos défauts, nos péchés et nos erreurs, la voix du Seigneur parvient à nos cœurs, si nous l’accueillons.

Toutefois, il faut bien dire que cela va encore mieux quand nous sommes moins indignes ! Vous avez entendu saint Paul, dans la deuxième lecture, nous mettre en garde contre l’impureté qui est “un péché contre le corps lui-même”. Comprenez bien que toutes nos prétentions, nos façons de tenir à nos propres opinions contre l’enseignement de l’Église, nos attitudes arrogantes ou méprisantes les uns envers les autres et une foule de comportements semblables troublent le corps ecclésial. Rejetons tout cela avec détermination, laissons-nous purifier par l’Esprit Saint dans l’humilité et la disponibilité confiante.

Alors, dans notre diversité de talents, de grâces et de vocations, nous devenons tous de vrais disciples de Jésus qui, en notre personne, “va et vient” de telle sorte qu’un regard éclairé comme celui de Jean-Baptiste peut se poser sur chaque chrétien et voir à travers lui le Christ, “l’Agneau de Dieu” qui seul enlève le péché du monde. Nos rencontres paroissiales, diocésaines ou communautaires en tout genre deviennent une stimulation mutuelle par le partage surabondant de l’Esprit Saint dans la communion de foi et de charité qui mérite le nom d’Église. Nous sommes de moins en moins un panier de crabes étouffant et de plus en plus l’air pur de l’espérance à laquelle les hommes aspirent.

Nous devenons le milieu divin où la voix du Seigneur porte loin vers tous ceux qu’il est venu appeler à voir son Jour, celui qui n’aura pas de déclin.

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