Dimanche 20 février 2000 - Septième Dimanche

Enfants, savez-vous jouer à mi-oui, mi-non ?

Isaïe 43,18-19.21-22.24-25 - 2 Corinthiens 1,18-22 - Marc 2,1-12
jeudi 16 février 2006.
 

Enfants, savez-vous jouer à mi-oui, mi-non ?

Ceux qui ont répondu oui ont perdu. De toute façon, je n’ai pas dit ni oui, ni non, ce qui est un jeu très amusant, mais mi-oui, mi-non, ce qui n’est, hélas, pas drôle du tout.

Je pense à tous ceux qui, un beau jour, se sont dit oui pour la vie et puis, quelques temps après, non, plus jamais. Ou encore à ceux qui, baptisés bébés, ont fini par ne plus mettre les pieds à l’église.

Ils sont arrivés dans un couffin ou une poussette, portés par leurs parents, accompagnés d’un parrain, d’une marraine et de tout un groupe de gens. On les a levés au-dessus du bassin baptismal pour les y plonger dans l’eau, c’est-à-dire, par la puissance de l’Esprit-Saint qui nous ou-Ùvre le ciel, dans la mort et la vie de Jésus.

Au fait : avez-vous remarqué que c’est le mouvement même de l’évangile d’aujourd’hui ? Accompagné de gens, le "paralysé", c’est-à-dire celui qui ne peut marcher, est porté "à quatre" : papa, maman, le parrain et la marraine, le compte y est. D’ailleurs, Jésus appelle le paralysé "Enfant !" (plus exactement que "mon fils"), et c’est "en voyant leur foi", c’est-à-dire celle de ceux qui l’accompagnent, qu’il lui parle ainsi. De même, c’est après la confession de la foi de l’Église par les parents et parrains que le prêtre dit au baptisé : "Tu es devenu enfant de Dieu, il t’a libéré du péché." Il n’ajoute pas : "Lève-toi, prends ton berceau et rentre chez toi", mais il explique que le baptisé, ressuscité avec le Christ, doit marcher à sa suite en prenant sa croix. Ainsi le nouveau chrétien va chez lui, car sa demeure est le Fils : aujourd’hui son corps mystique qu’est l’Église en pèlerinage, et demain la Jérusalem céleste.

Au début, vous avez entendu : "Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte." En réalité, le texte grec dit que "l’espace devant la porte ne pouvait plus les contenir". Ainsi, le "parvis des gentils", c’est-à-dire l’espace au seuil du Temple de Jérusalem qu’il était permis aux païens de fouler, est devenu bien trop petit pour contenir la foule des hommes qui, par le baptême, ont été accueillis dans l’Alliance en passant "par en haut", c’est-à-dire par la grâce de la mort et de la résurrection du Christ Jésus. Et, le "brancard", c’est l’Église, dans le mystère de sa maternité spirituelle. Voilà pourquoi le ci-devant paralysé, une fois levé, doit le porter.

Pourquoi sommes-nous, paraît-il, si déprimés, nous autres chrétiens du vieux monde occidental, du côté où le soleil se couche ? Sans doute parce que les enfants de l’Église n’ont pas cru que, libérés du péché, ils pouvaient sortir devant tout le monde de la condition malheureuse des hommes promis à la mort, comme Israël est sorti d’Égypte à travers la mer pour entrer dans la Terre promise, et marcher joyeusement à la suite du Christ en portant le signe de sa victoire. Ou parce que leurs parents n’y ont pas vraiment cru pour eux.

Ils ont pensé, comme ces scribes qui raisonnaient en eux-mêmes au lieu d’écouter la Parole de Dieu, que rien de si divin ne pouvait se faire sur la terre. Pourtant le Seigneur l’avait annoncé au livre d’Isaïe : "Voici que je fais un monde nouveau." Et le Fils de Dieu a été traité comme un esclave par les péchés de son peuple. Mais, par sa passion nous sommes guéris, par sa mort nous sommes pardonnés, par sa résurrection nous sommes relevés. Voilà son oeuvre sur la terre.

Enfants, ne jouez pas à mi-oui mi-non avec votre vie éternelle, croyez au don qui vous a été fait par le baptême et la confirmation. Enfants de Dieu, portez aujourd’hui au milieu du monde l’Église qui vous a portés hier sur les fonts baptismaux : que votre vie soit, dans le Christ, amen, amen.