Dimanche 27 février 2000 - Huitième Dimanche

Il ne faut pas tromper les enfants.

Osée 2,16-17.21-22 - 2 Corinthiens 3,1-6 - Marc 2,18-22
dimanche 27 février 2000.
 

Il ne faut pas tromper les enfants.

Il ne faut pas leur dire qu’ils sont libres, il ne faut pas leur dire qu’ils sont bons : ce n’est pas vrai. C’est pourquoi il n’y a pas d’humanité qui tienne sans loi. La loi n’est ni à rejeter, ni à aimer, elle est à craindre et à respecter. Dura lex, sed lex. La loi est dure, mais c’est la loi.

Il est monté au coeur de l’homme le désir et l’idée de s’élever au-dessus de sa condition de sujet de la loi pour ne plus avoir à se courber ou à regimber sous sa férule. Mais ses tentatives de le faire par ses propres forces n’ont jamais pu donner qu’éclatements d’outres et déchirures de vêtements.

Se croire capable de "choisir soi-même en raison ses propres valeurs" et de suivre le chemin de sa volonté autonome, c’est se gonfler d’une liberté qu’on est bien en peine d’assumer : il en résulte des anarchistes, des sauvageons et des drogués, dont la vie dangereuse se perd et se répand en pauvres délires.

Quant à prétendre disposer d’une loi parfaite qu’on observerait parfaitement, cela ne peut aller sans un rétrécissement obsessionnel du champ de conscience aux conséquences dramatiques : le secteur privilégié d’obligations et de valeurs "tire" sur l’ensemble de la vie et la déchire. De cette rage funeste relèvent aussi bien le pharisaïsme que le fascisme, le nazisme ou le communisme.

Jésus, lui, est venu "accomplir" (plèroô en grec) la Loi. Le deuxième mot traduit par "pièce" (d’étoffe) dans le passage évangélique d’aujourd’hui est en grec plèrôma, "complément" : il s’agirait d’une sorte de "bouche-trou" pour le vieux vêtement. Jésus déclare donc que ce n’est pas en ajoutant un complément plus parfait à la Loi qu’il va l’accomplir.

La seule voie pour passer du vieux vêtement de la Loi à la tunique sans couture du Corps du Christ est la création nouvelle qui transforme complètement l’ancienne. Seul un coeur créé à nouveau dans l’Alliance nouvelle peut accueillir et contenir l’Esprit Saint dont l’effusion était promise par les prophètes pour les derniers jours.

Jésus déclare à ses contradicteurs : vous venez me parler de jeûnes rituels comme s’il était encore temps de cela, alors que je vous annonce les noces de l’Agneau, ces Noces de passion et de sang dans lesquelles Dieu accomplit son dessein d’amour pour Israël et toutes les nations.

Les disciples de l’Agneau sont unis à lui dans la joie du salut et l’Époux ne leur est enlevé que lorsqu’ils communient à sa passion au point que leur propre vie arrachée complète celle du Christ en croix. Le jeûne qu’ils acceptent alors est plus que la figuration rituelle du renoncement à leur vie : il en est la réalité même, agréée par le Père.

Vous qui avez été baptisés dans la mort du Seigneur ressuscité, suivez son chemin de sacrifice et laissez-vous sanctifier par celui qui seul est bon. Ainsi vous connaîtrez la liberté véritable dans l’Esprit, et la justice parfaite de l’Amour.

Dieu l’a promis, et il ne trompe pas ses enfants.