Dimanche 5 mars 2000- neuvième Dimanche

Ouvrez !

Deutéronome 5,12-15 - 2 Corinthiens 4,6-11 - Marc 2,23 à 3,6
dimanche 5 mars 2000.
 

Ouvrez !

Ouvrez-moi les portes de justice... C’est ici la porte du Seigneur, qu’ils entrent, les justes !

Vous avez reconnu le psaume 117 (118).

La porte sainte a des scellés. Un sceau est une sorte d’antivol symbolique. Si vous voyez quelqu’un en plein jour dans la rue en train de scier un antivol, vous supposez qu’il a perdu ses clés, et que le deux-roues lui appartient.

Le sceau est apposé pour fermer jusqu’à ce que le moment soit venu pour la personne autorisée de le briser. En dehors de cette circonstance unique, celui qui brise le sceau est coupable d’effraction et s’expose à de graves poursuites.

Jésus brise le sceau du sabbat. N’est-il pas celui qui devait venir, et le moment n’est-il pas venu ?

Vous avez entendu, au début : "Chemin faisant, les disciples se mirent à arracher des épis." Mais en grec il est écrit : "En arrachant des épis, les disciples commencèrent à faire le chemin."

Arracher des épis de blé, c’est moissonner. Or, la moisson était tout particulièrement un travail, donc une activité interdite le jour du sabbat. Mais la moisson est aussi une image biblique privilégiée des derniers temps que devait inaugurer la venue du Messie, les temps "eschatologiques".

Il s’agit bien ici de la moisson eschatologique : les disciples commencent à "faire la voie". Vous savez que les premiers chrétiens étaient appelés "disciples de la Voie". Justement le radical dont dérive le mot hébreu "Tora", que nous traduisons par "Loi", porte comme sens fondamental l’idée d’exploration, d’entrée dans une région que l’on entreprend de connaître. Autrement dit, la visée profonde de la Loi est l’ouverture d’une voie. Laquelle ?

Le sabbat, vous l’avez entendu dans la première lecture, était donné par Dieu à Israël en souvenir de la libération de l’esclavage d’Égypte. Cette mémoire devait être aussi celle de la promesse d’une autre libération dont la première n’était qu’une préfiguration : l’intervention finale de Dieu en faveur d’Israël afin que, libéré de la main de tous ses ennemis, il entre dans une ère sans fin de justice et de paix.

Ainsi les Juifs du temps de Jésus avaient-ils raison d’attribuer au commandement du sabbat une importance éminente dans l’ensemble de la Loi. Ainsi nous voyons que Jésus, loin de se rendre coupable d’une transgression de la Loi, en accomplit parfaitement le sens et la visée en ouvrant la voie du salut de Dieu.

En effet, ses adversaires vont mettre à exécution leur dessein de le tuer. Mais justement sur la croix, par son sacrifice parfait, Jésus accomplit la libération de son peuple et l’ouverture du Royaume à tous ceux qui le suivront, à tous ses disciples. De son côté ouvert coulent le sang et l’eau.

Le pire enfermement des fils d’Israël, leur péché terrible, était le refus d’entendre la voix du Seigneur. Ainsi les pharisiens de notre épisode, au lieu d’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles aux paroles et aux actes de Jésus qui révélaient sa messianité, ferment leur coeur à l’Esprit Saint et s’enfoncent dans le rejet homicide du Christ de Dieu. Cet enfermement-là appelait une libération que seul le Fils en son sacrifice pouvait accomplir.

L’homme à la main desséchée (plutôt que paralysée) représente les scribes et les docteurs de la Loi devenus incapables de porter le fruit de l’Alliance. Il faut, pour permettre l’accouchement de l’histoire d’Israël, un acte de puissance qui ressuscite et recrée : "Etends la main", dit Jésus à l’homme, comme Dieu avait commandé à Moïse d’étendre la main sur la mer.

Maintenant vous le savez : Jésus accomplit parfaitement la loi donnée à Israël. N’allez pas vous fermer comme les pharisiens. Ouvrez ! Ouvrez la porte de votre coeur à Jésus. Il entrera, il vous libérera de toute méchanceté et du péché, et vous entrerez avec lui dans la Vie.