24 mars 1991 - dimanche des Rameaux

Nous tenons ces rameaux en mains, et nous sommes contents.

1996.
 

Nous tenons ces rameaux en mains, et nous sommes contents. Ne devrions-nous pas plutôt les cacher ? En effet, pendant les événements de 68, des inspecteurs des "RG", les fameux "Renseignements Généraux", s’efforçaient de prendre des photos des manifestants afin de pouvoir les confondre lors de leurs interrogatoires ultérieurs. En particulier, s’ils avaient été vus avec des pavés à la main, leur compte était bon. De même, ces rameaux dans nos mains aujourd’hui ne nous accusent-ils pas ?

Il y a eu mort d’homme ; qui est coupable ? C’est toute cette foule, celle qui criera "Crucifie-le !" Bien plus, il ne s’agit pas de n’importe quel homme, mais du Messie de Dieu, qui a été reconnu comme tel par l’acclamation qui salue son entrée à Jérusalem. Or, l’évangile de Marc y insiste, tous vont le laisser tomber. Il n’en restera pas un, pas un seul, pour être avec lui là où il se rend librement dans sa passion. Ainsi, tous sont coupables d’abandon de Dieu. Et nous qui nous associons à la foule de jadis, nous manifestons que nous partageons son péché, en connaissance de cause.

Alors se produit le retournement le plus étonnant de l’histoire du monde : "Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?", dit Jésus. Il dit cela pour nous les hommes ; et c’est parfaitement injuste, car c’est le contraire de ce qui est arrivé. Certes, quand nous abandonnons Dieu, c’est nous qui sommes perdus. Mais voilà justement l’offre inespérée que nous fait Dieu : d’oublier tout à fait que nous sommes coupables, et de ne voir en nous que les victimes, que nous sommes effectivement, du mal que nous faisons. Injustice de Dieu qui s’est révélée plus juste que la justice des hommes.

A nous de choisir si nous acceptons cette offre ou si nous la rejetons. Parce que nous pouvons toujours redoubler le procès de Dieu : le juger pour ce pardon scandaleux comme Jésus fut condamné "pour les oeuvres bonnes" qu’il a faites, et nous enfoncer dans l’abandon de Dieu pour notre perte. Mais que Dieu nous garde de refuser ainsi sa grâce. Qu’au contraire il fasse que nous l’acceptions : alors ces rameaux que nous portons ne seront pas une pièce à conviction contre nous, mais bien, grâce à lui, le signe déjà de notre résurrection avec le Christ pour une vie plus forte que toute mort.