22-23 avril 2000 - Nuit de Pâques

Ça brûle quand ça revient.

Marc 16,1-8
jeudi 13 avril 2006.
 

Ça brûle quand ça revient.

Si vous avez eu très froid aux mains, lorsque vos doigts se réchauffent, ils vous font mal.

Un homme tombé dans une crevasse se refroidit rapidement. Dès qu’on l’a remonté, il faut le réchauffer au plus vite car, sa température interne étant très basse, il n’est plus qu’un mort en sursis. Mais l’opération n’est pas si simple : plonger l’accidenté dans un bain brûlant, par exemple, ne ferait que hâter l’issue fatale. C’est pourquoi il faut le confier à une équipe médicale compétente disposant de tout le nécessaire pour le tiédir progressivement de l’intérieur.

Étrange Évangile selon saint Marc, que nous entendons cette année. Il se termine par : "Et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur." Pour une nuit de Pâques, surtout, c’est une drôle de fin !

Les saintes femmes avaient pourtant instruction d’aller porter un message : "aux disciples et à Pierre", précisait le jeune homme. Entendez bien. Il n’est pas dit : "à Pierre et aux disciples", ce qui serait un simple mention du chef en tête du groupe, mais : "aux disciples et à Pierre", c’est-à-dire : "et aussi, et même à Pierre". Comment ne pas sentir ici l’allusion au reniement d’hier.

Ça va le brûler, Pierre, de recevoir l’annonce de la résurrection du Seigneur !

Quant aux femmes, si elles sont terrifiées et pétrifiées, incapables de rien dire à personne, c’est simplement que cette annonce les a mises en état de choc.

Comme elles, comme Pierre, sans la foi en la résurrection, nous ne sommes tous que des morts en sursis. Et cette foi doit nous être infusée progressivement, de l’intérieur, pour que tout notre être entre dans la vie du ressuscité. Jésus va y passer quarante jours pour les Apôtres.

Nous disons facilement : "croyants, incroyants", comme si c’était une question d’opinion. Quelle méprise ! Il s’agit certes de croire à la Parole que nous avons entendue et que porte l’Écriture. Mais cette Parole est comme une chaleur ambiante qu’il nous faut accueillir peu à peu depuis les profondeurs de notre être.

Il y a bien pourtant un pas décisif, qui commande tous les autres. C’est la foi que donne le baptême, et qui est confiance en l’Église que Dieu établit pour nous donner la foi. C’est pourquoi le baptême des petits enfants est exemplaire, plus que celui des adultes, de cette initiative divine sans laquelle nous ne pouvons rien, de ce seuil en deçà duquel nul ne peut revenir sans se condamner à l’immobilité glacée du doute qui le laisse plus mort qu’auparavant.

Voyez cette flamme du cierge pascal, comme elle est petite et seule. Elle vous fait signe cette nuit pour que vous commenciez à croire. Confiez-vous à l’Église, équipe compétente et bien pourvue de tout le nécessaire par le Seigneur qui donne l’Esprit, laissez-vous prendre dans ses bras afin que le Christ se répande en vous.

Là même où nous sommes le plus éloignés de Dieu, le moins croyant en lui, ça nous brûlera de le recevoir, mais nous verrons la Vie.