23 avril 2000 - Jour de Pâques

Ce n’est pas ça !

Actes 10,34.37-43 - Colossiens 3,1-4 - (Jean 20,1-9) Marc 16,1-8
vendredi 14 avril 2006.
 

Ce n’est pas ça !

Si sa photo d’identité ne ressemble pas à l’homme qui se présente, on se récrie.

Certains d’entre vous, assez au courant des choses de la liturgie pour savoir que l’Évangile du jour de Pâques est celui de saint Jean, ont dû se dire en m’entendant : "Ce n’est pas ça !"

Mais ceux qui en savent plus encore n’ignorent pas qu’on peut reprendre, le jour, l’Évangile de la nuit. Et cette année c’est saint Marc, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne ressemble pas à nos clichés de la résurrection.

Étrange Évangile selon saint Marc, qui se termine par : "Et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur." Vraiment, cette fin déconcertante l’est particulièrement pour un matin de Pâques !

Les saintes femmes avaient pourtant instruction d’aller porter un message : "aux disciples et à Pierre", précisait le jeune homme. Entendez bien. Il n’est pas dit : "à Pierre et aux disciples", ce qui serait un simple mention du chef en tête du groupe, mais : "aux disciples et à Pierre", c’est-à-dire : "et aussi à Pierre", "et même à Pierre". Comment ne pas sentir ici l’allusion au reniement du vendredi saint.

L’annonce de la résurrection du Seigneur va brûler Pierre, comme cela brûle les doigts lorsque revient la circulation après qu’on a eu très froid.

Un homme tombé dans une crevasse se refroidit rapidement. Dès qu’on l’a remonté, il faut le réchauffer au plus vite car, sa température interne étant très basse, il n’est plus qu’un mort en sursis. Mais l’opération n’est pas si simple : plonger l’accidenté dans un bain brûlant, par exemple, ne ferait que hâter l’issue fatale. Il faut donc le confier à une équipe médicale compétente disposant de tout le nécessaire pour le tiédir progressivement de l’intérieur.

C’est pourquoi les femmes sont pétrifiées, incapables de rien dire à personne : l’annonce les a mises en état de choc.

Comme elles, comme Pierre, sans la foi en la résurrection, nous ne sommes tous que des morts en sursis. Et cette foi doit nous être infusée progressivement, de l’intérieur, pour que tout notre être entre dans la vie du ressuscité. Jésus va y passer quarante jours pour les Apôtres.

Nous disons facilement : "croyants, incroyants", comme si c’était une question d’opinion. Quelle méprise ! Il s’agit certes de croire à la Parole que nous avons entendue et que porte l’Écriture. Mais cette Parole est comme une chaleur ambiante qu’il nous faut accueillir peu à peu depuis les profondeurs de notre être.

Il y a bien pourtant un pas décisif, qui commande tous les autres. C’est la foi que donne le baptême, et qui est confiance en l’Église que Dieu établit pour nous donner la foi. C’est pourquoi le baptême des petits enfants est exemplaire, plus que celui des adultes, de cette initiative divine sans laquelle nous ne pouvons rien, de ce seuil en deçà duquel nul ne peut revenir sans se condamner à l’immobilité glacée du doute qui le laisse plus mort qu’auparavant.

Voyez cette flamme du cierge pascal, comme elle est petite et seule. Elle vous fait signe aujourd’hui pour que vous commenciez à croire. Confiez-vous à l’Église, équipe compétente et bien pourvue de tout le nécessaire par le Seigneur qui donne l’Esprit, laissez-vous prendre dans ses bras afin que le Christ se répande en vous.

Si nous ne nous engageons pas sur ce chemin de transformation, nous resterons des chrétiens du dimanche, figés dans la résistance à la grâce annoncée, tristes figures d’auditeurs incrédules d’une parole incroyable.

Tandis que si nous livrons nos corps tous les jours à la flamme d’aujourd’hui, bien sûr, là même où nous sommes le plus éloignés de Dieu, le moins croyant en lui, cela nous brûlera de le recevoir, mais alors nous connaîtrons vraiment la joie de Pâques.

Et lorsqu’enfin nous verrons le Fils de l’homme dans sa gloire, par-delà toute souffrance de l’histoire, nous reconnaîtrons en lui la Parole qui nous a brûlés d’amour, et nous dirons : "C’est bien toi, Seigneur !" dans l’éternel Face-à-face.