Dimanche 21 mai 2000 - Cinquième Dimanche de Pâques

Vous avez une mine superbe !

Actes 9,26-31 - 1 Jean 3,18-24 - Jean 15,1-8
mardi 16 mai 2006.
 

Vous avez une mine superbe ! Où êtes-vous allés la chercher ?

Ce que vous faites est magnifique ! À quelle source puisez-vous ?

Sans aller jusqu’au romantisme selon lequel on n’écrit vraiment qu’avec son sang, il semble bien qu’à l’origine de toute création humaine digne de ce nom il y ait une blessure.

Les enfants, nous le savons, sont riches de beaucoup plus de possibilités qu’on ne pourra jamais en développer. La passion compulsive moderne de les épanouir de toutes les manières imaginables est une grande illusion dont les effets sont l’angoisse et l’agitation.

Si la métaphore de la vigne qu’il faut tailler pour qu’elle porte un beau fruit exprime déjà bien une loi générale de la créativité pour les enfants de la terre, combien plus mérite-t-elle d’être entendue quand il s’agit des réalités d’En haut.

Que les hommes qui n’ont pas d’espérance se laissent aller à l’entreprise vaine de satisfaire tous leurs désirs, cela peut se comprendre. Mais nous qui avons reçu le sceau du Fils de Dieu, comment pouvons-nous fuir ainsi notre vocation sainte ? Cette parole terrible est pour nous, frères : "Les sarments secs, on les jette au feu et ils brûlent."

Hélas, lorsque nous sommes égarés sur nos fausses pistes aux satisfactions trompeuses nous ne savons comment revenir : pouvons-nous déclarer au Seigneur qu’il est tout notre bonheur tandis que nous sacrifions aux idoles du pouvoir, du plaisir, de la gloire ou de l’argent ? Ce serait un mensonge flagrant, une noire imposture, et nous redoutons de joindre le crime à l’infidélité.

Pourtant, précisément, c’est alors qu’il nous faut dire : "Seigneur, fais que je demeure en toi." Cette prière que nous ne pouvons former, égarés que nous sommes, c’est lui-même qui la prononce en nous, puisqu’il est venu faire sa demeure au milieu des pécheurs. Du fait même que, perdu, j’énonce cette parole de salut, je me découvre purifié, déjà, par elle.

Je suis émondé, c’est-à-dire comme coupé de moi-même, de ce moi qui s’était voué à sa perte, en sorte qu’advient et s’épanouit en sa vérité celui que je suis, tel que Dieu m’a fait et tel qu’il m’accomplit.

Cette coupure, pour libératrice qu’elle soit, est néanmoins douleur vive à donner la mort, et nous la craignons. Mais, acceptée, elle n’est autre que la blessure du Christ où prend source toute vie nouvelle et éternelle.

Frères, rapprochons-nous de celui qui se donne sur la croix, épousons sa blessure d’un amour à traverser la mort, et nous saurons le prix du fruit merveilleux dont le Père couronne le vainqueur selon le dessein de toujours de son coeur.

Alors nous ne brillerons pas d’un éclat trompeur et passager, comme un buisson ébouriffé à la verdeur fugitive, mais nous resplendirons de la gloire même de celui qui se révélera à tous ceux qui auront espéré sa venue jusqu’au bout.