Dimanche 28 mai 2000 - Sixième Dimanche de Pâques

Pour l’amour de Dieu, chacun à son tour !

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9,17
jeudi 18 mai 2006.
 

Pour l’amour de Dieu, chacun à son tour !

Lorsque les enfants se disputent âprement un objet ou une place, les parents essaient d’introduire au moins un peu de discipline. Mais ils savent bien que la discipline n’est pas l’amour. C’est pourquoi, au-delà d’une simple tolérance, ils apprennent aux enfants à rendre service. Mais, même celui qui sert peut faire de sa situation un motif d’orgueil et un moyen de dominer les autres.

Loin de s’aimer toujours naturellement, les enfants se traitent en rivaux au point de chercher mutuellement à s’éliminer. Les parents qui nient cette réalité ou veulent la cacher sous une façade impeccable et rigide comme un masque de fer ne font que dresser leurs enfants pour leur propre gloire. On ne peut refouler tout à fait la violence et la haine qui montent au cœur des frères sans les étouffer.

Ou encore, pour réaliser un dialogue véritable, il faut certes que chacun parle à son tour. Mais cela ne suffit pas. Il est une manière, par exemple, d’enchaîner sur la phrase de l’autre sans lui laisser le temps d’une respiration qui signifie évidemment la volonté d’asphyxier sa parole.

La discipline que les parents imposent à leurs enfants ou les règles élémentaires de courtoisie dans l’échange verbal que respectent les interlocuteurs ne sont pas un but en soi. Elles signifient la recherche d’une entente véritable et l’espérance de l’amour mutuel.

Et, heureusement, il arrive que les parents constatent, comme une divine surprise, qu’un enfant fasse place à un autre de bon cœur, ou même qu’il le serve par pure amitié. Sinon, si cela ne se produisait jamais, ce serait désespérant. Mais aucune technique éducative ne saurait garantir l’événement de l’amour.

L’amour, et c’est ce qui en fait le prix, demeure une grâce, un don pur et gratuit, impossible à fabriquer ou à produire, quels que soient les moyens qu’on y mette. Et pourtant, si l’on ne fait ce qu’il faut pour se disposer à recevoir ce don, on ne pourra que le manquer quand il viendra à passer.

L’amour est le plus naturel et le plus parfait, l’Alpha et l’Oméga. L’amour vient de Dieu, il est Dieu même, et rien d’autre ne peut le remplacer. Voilà pourquoi il est juste de demander aux enfants des efforts "pour l’amour de Dieu", c’est-à-dire en vue de le recevoir. Et le simple fait que les hommes se parlent en vue de s’entendre signifie une espérance inscrite en leur cœur plus profonde et plus forte que toute désillusion au monde.

Chrétiens, nous ne saurions espérer moins que les autres hommes. Bien plus, nous devons nous efforcer d’adopter toute disposition bonne pour l’amour de Dieu manifesté et accompli dans la croix du Christ, c’est-à-dire à cause de ce sacrifice du Fils de Dieu qui est le gage et la promesse du don de l’Esprit Saint en toute nécessité.

L’Esprit s’empara, nous l’avons entendu dans la première lecture, de tous ceux qui écoutaient la Parole. De même, Dieu répand l’amour sur ceux qui se disposent ensemble à le recevoir : il tombe sur eux comme un feu et comme un bonheur, comme un "coup de foudre".

Si nous décidons de servir nos frères parce que nous croyons à la parole de Jésus qui nous commande de nous aimer, nous savons ce qu’il veut faire, à savoir nous unir dans l’amour de son Père. Alors il nous appelle ses amis, et nous le sommes.

Dans notre condition humaine marquée par le péché, nous sommes privés d’amour, et nous en sommes malheureux. Même quand nous cherchons à nous supporter ou à nous servir "l’un l’autre", il reste que chacun se prend pour "l’un" et considère autrui comme "l’autre". En grec, "autre" se dit allos, qui donne "allergique". Nous sommes allergiques à l’autre, voilà notre malheur.

Mais, ce que nous traduisons en français par "les uns les autres" est littéralement, en grec, "les autres les autres" (allèlous). Considérons-nous ensemble comme ces "autres" de Dieu, qui lui étions devenus ennemis et qu’il n’a cessé d’aimer jusqu’à donner son Fils. Ainsi nous nous disposerons à recevoir ensemble cet amour mutuel qui nous sauve et nous remplit de joie.

Pour l’amour de Dieu, appliquons-nous à prier, unanimes, comme le Fils de Dieu nous l’a appris. Alors, comme il nous l’a promis, à son tour Dieu nous comblera de son amour.