9 avril 1998 - Jeudi saint

Est-ce un soir gai ou un soir triste ?

Exode 12,1-8.11-14 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 9 avril 1998.
 

Est-ce un soir gai ou un soir triste ? Le Jeudi saint, est-ce un jour plutôt joyeux ou plutôt douloureux ? Certes, c’est une journée de fête en blanc, pleine de clarté et de tendresse. Mais elle commence par l’office des ténèbres et finit avec la veille au jardin de l’agonie.

Les Hébreux, quand ils mangèrent la Pâque la ceinture aux reins et le bâton à la main, étaient-ils dans la joie ou dans l’angoisse ?

Certains voudraient que, chrétien, on soit toujours à rire. D’autres ne croient rien pieux qui ne soit lamentable.

Les hommes se croient obligés de prendre un parti. Mais les pensées du Seigneur dépassent les nôtres, et ses chemins se tracent au-dessus de nos oppositions.

La Cène est un repas, une fête entre amis, un vrai bonheur, donc, que le Seigneur dit avoir ardemment désiré. Mais le secret de ce repas, c’est qu’il est un sacrifice.

Et, laver les pieds de ses disciples, n’est-ce pas s’abaisser étrangement ? Sans doute. Mais le secret de cet abaissement est la souveraineté de celui qui, seul, est descendu des cieux.

Le secret du pouvoir des prêtres - pouvoir magnifique d’administrer les sacrements, de dire la parole de Dieu et de gouverner son peuple -, c’est le sacrifice.

Ainsi Pierre ne mettra-t-il plus sa ceinture lui-même : un autre le ceindra en sorte qu’il n’ira plus où il veut mais où Dieu veut qu’il conduise son peuple.

Et le secret de l’Eglise qui triomphe - parole de justice et de vérité incomparable, institution rayonnante de la charité de ses membres, rites merveilleux de justesse et de beauté dans leur divine simplicité - c’est le sacrifice de celle qui est toute servante dans l’humilité.

Et le secret de l’Eglise persécutée, calomniée, raillée, meurtrie, trahie, harcelée, défigurée, piétinée, c’est qu’ainsi, dans sa patience, elle remporte la victoire.

Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Dieu n’est pas divisé en lui-même. Mais, traversant la nuit des hommes jusqu’en son enfer, son amour accomplit toutes ces merveilles en nous pour le salut du monde et notre joie.