Jeudi 1er juin 2000 - L’Ascension du Seigneur

Mais les circonstances ne s’y sont pas prêtées, me dit la jeune femme que je rencontre sur son lieu de travail.

Actes 1,1-11.20-26 - Ephésiens 4,1-16 - Marc 16,15-20
lundi 22 mai 2006.
 

Mais les circonstances ne s’y sont pas prêtées, me dit la jeune femme que je rencontre sur son lieu de travail. Elle n’avait pas désiré le poste de responsabilité qu’elle occupe, me précise-t-elle, elle aurait préféré une fonction plus créative, mais elle s’est fait une raison d’autant mieux que son activité, très prenante, la passionne quand même.

Or, donc, elle aurait voulu quatre enfants. Mais elle n’en a que deux, et la petite deuxième a déjà huit ans. Les circonstances qui ne se sont pas prêtées à ce qu’elle en ait d’autres, c’est son divorce. Sa façon de l’évoquer est curieusement neutre : a-t-elle subi l’événement comme l’effet d’une conjoncture indépendante de sa volonté ? Je n’en sais rien, je ne connais pas son histoire.

En tout cas, elle avait bien raison de vouloir beaucoup d’enfants. La famille plutôt nombreuse est le socle solide de la vie. Chacun, à la place qui est la sienne, fait partie de l’ensemble solidaire qui profite à tous. La maman voudrait-elle être le papa, ou le numéro trois devenir le numéro deux ? Ce serait absurde. On ne grimpe pas à l’arbre généalogique.

Mais notre époque n’est guère sensible aux valeurs traditionnelles d’ordre et de stabilité. Les jeunes gens pensent surtout aujourd’hui à réussir le plus vite possible : il s’agit de sauter aux branches de l’organigramme social, sans s’y accrocher, de préférence. Il y a là évidemment un risque grave de dégradation de l’institution familiale, ce qui constitue une menace pour le corps social et pour tous ses membres. Pourtant le goût prononcé et généralisé de notre société pour la liberté et la réussite individuelle et son sens aigu de la justice en termes d’égalité des chances ne peuvent être condamnés en eux-mêmes. D’ailleurs leur origine est tout simplement dans l’Evangile, dans la Bonne Nouvelle de Jésus Christ qui annonce un avenir de bonheur inouï offert aux hommes du monde entier.

Si nous fêtons aujourd’hui l’Ascension du Seigneur, c’est parce qu’il est descendu au plus bas afin que les derniers soient considérés comme les premiers. Disciples du Christ, nous ne pouvons accepter comme une fatalité les oppressions et les sujétions du monde ancien. Nous sommes les témoins d’un monde nouveau, où règne véritablement la fraternité universelle.

Ne jugeons donc pas sommairement notre temps, ne rejetons pas en bloc ses valeurs et ses usages comme purement opposés au bien et à la morale. Ce temps est celui qui nous est donné, c’est le moment favorable pour nous : celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné. Adhérons maintenant par la foi à l’Eglise de Jésus et nous serons membres de la famille de Dieu.

Dans cette famille, chacun n’a qu’à tenir la place qui lui est donnée, sans idée de brigue ou de rivalité, pour que tous forment un corps comblé des multiples dons accordés à ses divers membres.

Les circonstances s’y prêtent, puisque le Christ est monté aux cieux : travaillons à rassembler en lui l’humanité entière appelée à partager pour toujours la grâce que nous goûtons déjà.