Dimanche 4 juin 2000 - Septième Dimanche de Pâques

Est-ce que j’ai été bon ?

Actes 1,15-17.20-26 - 1 Jean 4,11-16 - Jean 17,11-19
mercredi 24 mai 2006.
 


-  Est-ce que j’ai été bon ?

-  Vous n’avez pas été honnête !

-  Mais j’ai été bon, non ?

Ce petit dialogue entre les marionnettes d’une émission satirique à la télévision épingle un homme politique bien connu. Mais l’attitude qu’il illustre est universelle : bien souvent, tout ce qui nous préoccupe est d’avoir fait bonne impression, le reste nous importe peu.

Au contraire, au lieu d’être tournée vers le passé de son propre paraître, la prière de Jésus considère l’avenir essentiel de ses disciples. Lui-même touche au terme de sa course : il est à la veille de sa passion. Mais, sans se laisser arrêter par cette perspective effrayante, son regard se porte vers ceux qui prendront sa suite.

L’un de ceux qui sont avec lui, justement, ne prendra pas sa suite : il ne "passera" pas l’événement pascal. C’est Judas. L’expression de Jésus "sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie" nous glace. En fait, le grec dit, littéralement : "sauf le fils de perdition". La nuance est importante. "Le Perdu", absolument, n’est autre que "le Mauvais" dont Jésus demande que nous soyons gardés.

Judas, lui, n’est pas essentiellement "fils de perdition". Comme le dit Pierre dans les Actes, il avait reçu sa part du ministère apostolique. Que ce disciple choisi soit devenu l’instrument de perdition pour le Fils de Dieu fait partie du terrible "mystère de l’injustice" que Jésus constate et subit, avec humilité et soumission, ne cherchant que la fidélité à la parole de son Père.

Jésus ne peut pas se prononcer sur le sort de Judas au-delà de l’événement pascal ; avec humilité, il laisse au Père ce que lui seul sait. Mais il constate que l’événement tel qu’il se produit accomplit les Écritures, rendant ainsi témoignage à la fidélité de Dieu. Et, de toute façon, c’est pour Judas aussi qu’il donnera sa vie le lendemain. Ainsi Jésus "se sanctifie" en se soumettant à la volonté de son Père et en reconnaissant que sa Parole est vérité. Et il demande, pour ses disciples, la même sainteté à son Père.

Comme lui, envoyés dans le monde, ils auront à affronter l’épreuve, l’heure obscure où l’on en vient à se demander si Dieu est juste. Jésus prie donc pour qu’ils soient gardés du Mauvais, par le même chemin que lui : celui de l’humilité, de la soumission et de l’espérance dans la confession de foi en la fidélité de Dieu.

Est-ce que le Père a été bon, le croyez-vous ? En tous vos chemins, surtout sur les plus rudes, passez par la Pâque de Jésus, recevez-la comme vôtre, rendez grâce à Dieu de ce don et croyez que celui qui a été bon le sera encore, car il est saint. C’est pourquoi, vous ayant gardé du Mauvais en toute tentation, il vous comblera de l’Esprit et de sa joie.