Dimanche 18 juin 2000 - La Sainte Trinité

Et un jour, le mot "fin" venait remplacer l’habituel "à suivre".

Deutéronome 4,32-34.39-40 - Romains 8,14-17 - Matthieu 28,16-20
mardi 6 juin 2006.
 

Et un jour, le mot "fin" venait remplacer l’habituel "à suivre".

Les enfants d’aujourd’hui comme ceux d’hier lisent avec passion des bandes dessinées qui racontent, épisode après épisode, une histoire interrompue chaque semaine au moment le plus palpitant pour mieux faire attendre sa suite avec impatience.

Or, un jour, forcément, vient le dénouement, et l’on éprouve alors un sentiment mêlé. "Tout est bien qui finit bien", dit-on. Cet adage signifie que, lorsque l’aboutissement en est heureux, toute l’histoire est considérée comme s’étant bien déroulée. Mais ce n’est pas nécessairement le cas. Au contraire, en fait, il reste toujours des fils de l’intrigue interrompus au passage, des situations prenantes laissées en suspens, des relations et des personnages en attente de développement.

La fin n’est jamais à la hauteur des espoirs nourris au long de l’histoire, au gré de ses rebondissements. En outre, de toute façon, le dernier épisode signifie la cessation de ce qui nous tenait si passionnément en haleine : après la fin, il n’y a plus rien, et c’est fort triste.

Lorsque je suis allé aux Açores sur un voilier léger, nous avons navigué plus de douze jours sans escale. L’impression la plus forte qui me reste de ce voyage en mer, c’est le soleil, que j’observais matin, midi et soir, dont je guettais le lever et contemplais le coucher, que je voyais culminer chaque jour un peu moins haut, un peu plus tard, insouciant de notre infime agitation marine.

Savez-vous que l’origine du mot "Dieu" est une racine indo-européenne, notée " ??F" (Delta, iota, digamma) en grec, que l’on prononce justement à peu près dieu ! Cette racine, dont sont dérivés notamment les mots Zeus, deus (dieu en latin), Jupiter et jour, signifie "briller".

Le soleil fut sûrement pour l’homme s’éveillant à peine du mauvais sommeil de sa séparation d’avec son Créateur une métaphore privilégiée de celui dont il éprouvait l’étrange et sombre nostalgie. Astre lointain et souverain dont le lever gonfle d’espérance le cœur de l’homme jusqu’à ce que l’angoisse du soir éteigne sa joie diurne, chaque jour, de sa naissance à sa mort.

Et plus les jours s’ajoutaient aux jours de l’histoire des hommes, plus improbable et impensable leur devenait la perspective d’une fin qui fût vraiment bonne, qui pût accomplir dans la justice toute cause laissée en suspens, et qui ouvrît un temps à la vie au lieu de l’abolir sans remède.

Or, voici qu’au temps de Pâques, Jésus envoie ses disciples jusqu’aux extrémités de la Terre et jusqu’à la fin du monde. Vous l’avez entendu dans l’évangile d’aujourd’hui, qui est justement la fin du livret de saint Matthieu. Cette fin, c’est clair, n’est pas sans suite, mais elle est loin d’être parfaite.

D’abord, Jésus s’adresse au groupe des Onze, et ce chiffre, vous le savez, signale un manque, celui de l’un des Douze. Mais cette brèche dans le collège apostolique n’est pas la seule, puisque "certains eurent des doutes" en voyant Jésus. En fait, l’expression est ambiguë en grec : on pourrait comprendre plutôt que "tous eurent certains doutes".

Je crois que, si l’on est lucide sur la fragilité de la condition de disciple, on admettra que les deux sens sont à retenir en la matière : puisque tout péché est incrédulité, force est de dire, hélas, que tous ont parfois certains doutes ! Quelle différence y a-t-il donc entre la perspective ouverte par Jésus ressuscité et la situation malheureuse des hommes sans lui ?

Il y a la croix, plantée au milieu de l’histoire, en sorte que le cours du temps n’est plus la fatalité d’un éternel retour de la vie sans justice, dont la fin n’est que la mort frappant inlassablement. La croix est comme un puits de miséricorde où sont englouties toutes les injustices du monde et recueillies toutes les larmes de chaque vie, si bien qu’une fin est enfin possible qui accomplira l’histoire dans la justice et la paix.

Christifiés par la puissance de l’Esprit, mettons toutes nos forces à l’œuvre de Dieu qui est que nous croyions à son Fils envoyé pour nous sauver, et que nous l’annoncions au monde.

Et un Jour verra la fin des souffrances dans le bonheur lumineux et doux, vivant et merveilleux de Dieu, car tous ensemble nous serons établis par la grâce du Fils dans la perfection même du Père et la vitalité invincible de l’Esprit.