10 septembre 2000 - 23e Dimanche

Pas si vite !

Isaïe 35,4-7a - Jacques 2,1-5 - Marc 7,31-37
lundi 4 septembre 2006.
 

Pas si vite !

C’est la bousculade à l’entrée, certains forcent le passage, sans payer, tandis que la plupart des autres s’en vont, dégoûtés. C’est dommage, parce que cela aurait valu la peine d’être patient.

Un qui est patient, c’est le sourd-muet de l’évangile. Il se laisse emmener à l’écart, mettre les doigts dans les oreilles et toucher la langue avec de la salive. Puis le médecin lève les yeux au ciel, soupire et prononce un mot mystérieux. Le patient a subi tout cela. Bien lui en a pris, puisque le voilà guéri.

Mais nous, nous n’avons guère de patience. Ce miracle de Jésus, cette guérison laborieuse et pénible, exceptionnelle et seulement rapportée par l’évangéliste Marc, ne nous plaît pas : nous préférons les autres qui, presque toutes, se font en un clin d’œil. Nous affirmons rapidement que Jésus est tout puissant, ou bien au contraire que ces récits ne sont que des images, et cela ne change rien pour nous. Nous sommes comme ceux qui n’ont pas la patience à l’entrée.

Le Christ, lui, en entrant dans le monde dit : " Tu m’as formé un corps, voici que je viens, Dieu, pour faire ta volonté. " Et, la volonté du Père, il l’accomplit jusqu’à mourir sur la croix. Voilà ce que signifie et annonce les yeux levés au ciel de Jésus, et son soupir, et sa prière en sa langue maternelle. Voilà ce qui constitue la source de son pouvoir infini en notre faveur. La revanche de Dieu annoncée par Isaïe, c’est l’obéissance de son Fils. Et la patience du sourd-muet répond à celle de celui qui le guérit, lui qui a supporté le temps de souffrir et de mourir autant qu’il l’a fallu.

Chrétiens, nous devons répondre à sa patience en nous laissant pétrir de l’humilité et de la pauvreté du Christ. Sinon, si ne laissons la grâce de Dieu inscrire en notre vie la passion et la résurrection du Sauveur, nous devons nous taire. C’est pourquoi Jésus commande à ceux qui acclament le miracle de n’en rien dire à personne.

De même, un peu plus loin dans l’évangile, l’Apôtre Pierre reconnaît correctement Jésus comme le Messie. Mais il se cabre devant la passion annoncée. C’est pourquoi Jésus lui commande de se taire. Même une connaissance correcte de la vérité ne nous empêche pas de la trahir, si elle n’est enracinée dans notre chair par une vie d’obéissance à sa suite.

Sans la docilité du Serviteur, nous disons " Dieu ! " à la légère, même si c’est en formules conformes à celles du catéchisme, et nous sommes un obstacle pour ceux du dehors plutôt qu’une chance. Nous sommes nombreux, ce matin, et il y a des jeunes parmi nous, Dieu merci ! Mais bien plus nombreux sont ceux qui devraient être là et qui n’y sont pas, surtout parmi les jeunes. Pourquoi ne sont-ils pas venus ? Peut-être parce que, nous qui sommes ici, nous n’avons pas payé le prix de leur entrée.

Livrons notre vie plus profondément à la grâce de Dieu en suivant le chemin tracé par Jésus. Laissons-le nous former, chacun en particulier et tous ensemble, en un corps capable de porter la parole véritable du salut pour le monde enfermé dans le malentendu du mensonge et de l’erreur, jusqu’au silence de la mort.

Ceux dont nous espérons qu’ils l’entendent, cette parole, nous les verrons venir bientôt pour notre joie et pour la leur. Je ne vous dis pas que cela arrivera forcément aussi vite que nous le voudrions. Mais, si nous sommes fidèles, cela viendra sûrement, sans tarder, au temps voulu par celui qui brûle de nous faire éprouver son amour.