Jeudi Saint 28 mars 2002 - La Cène du Seigneur

Le visage que l’on aime,

Exode 12,1-8.11-14 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 28 mars 2002.
 

Le visage que l’on aime,

on le regarde insatiablement. Il est beau. Il n’est même pas question de le trouver tel malgré ses imperfections, il ne s’agit pas du tout de cela. Il est la beauté même, le visage qu’on aime, et l’on n’est jamais rassasié de le contempler.

À tout fleuve il est une source. Elle jaillit au creux d’un théâtre solennel de roches tombées dans un tintement clair des grands versants drapés sous les cimes hautaines. Elle perle menue et pure comme la lumière à la naissance du jour.

Déjà, si petite, elle porte le nom du fleuve qu’elle deviendra à force d’affluents innombrables aux origines incertaines. Et le fleuve, bientôt, se répand largement sur des terres grasses qu’il abreuve tant qu’il peut. Puis il charrie toutes sortes d’objet et de débris qu’elles lui ont jetés ou qu’il leur a pris.

Comment reconnaître le chaste secret de la source dans le flot puissant qui se mêle de tout ? Et qui croirait qu’à son origine il chante en solitude au plus proche des cieux ? Ne faut-il pas craindre et regretter que se perde en sa postérité la grâce du jaillissement ? Mais l’honneur de la source est de donner lieu au fleuve.

La source est devant vous, c’est le côté de l’homme ouvert sur la croix que vous voyez là. Et le fleuve, c’est vous.

Vous êtes le corps de celui qui fut crucifié puisque, ressuscité, il vous donne part à son Eucharistie. Ainsi se développe sa stature, d’âge en âge, par l’accueil en lui des multitudes venues de toutes les nations que le Père lui donne à sauver. Et la Terre est baignée de sa lumière.

Certes, tant d’apports divers sont autant de corps et de cœurs à purifier, et toutes ces chances de multiplier l’amour entre les frères sont aussi des épreuves pour ceux qui doivent partager aux autres la tradition du Seigneur.

Mais lui-même est la source qui, inlassablement, purifie le fleuve, comme il lava les pieds de ses disciples au soir de sa passion.

Pourquoi les pieds ? Parce qu’ils signifient la charge apostolique, la mission de ceux qui sont envoyés courir et porter la bonne nouvelle aux extrémités de la Terre. Apôtre, missionnaire, envoyé, ces mots ont même sens à la source. Et "Église" aussi, s’il est vrai que nous ne sommes convoqués et rassemblés que pour être envoyés aux enfants de Dieu dispersés, pour proclamer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

Mes amis, le lavement des pieds signifie que Jésus assume ceux qu’il envoie. Tous les péchés, les fautes et les égarements des apôtres et de leurs successeurs, il les supporte, il les pardonne et les guérit, inlassablement, pour que les envoyés se relèvent et repartent du bon pied.

Mes amis, il faut assumer ceux que l’on envoie. Il faut assumer aussi ceux à qui l’on est envoyé. Nous qui avons part à la charge apostolique, nous sommes constamment envoyés et envoyant. Nous savons bien ce qu’il en coûte tout le temps.

Mes frères, il vous faut assumer ceux qui vous sont envoyés. Si vous n’accueillez pas et ne supportez pas les ministres qui vous donnés avec leurs bons et leurs mauvais côtés, vous n’êtes pas dignes du Christ dont vous êtes le corps et le visage, lui qui seul est prêtre, prophète et roi, et à qui vous avez part.

Lui même nous a donné l’exemple afin que nous fassions les uns pour les autres ce qu’il a fait pour nous. C’est ainsi que nous sommes l’Église, l’épouse merveilleusement aimée dont il contemple le visage insatiablement, lui voyant une beauté que les défauts dont nous sommes coupables ne sauraient lui enlever, car il se la présente à lui-même pure et sainte, comme il l’a créée en sa naissance un jour sur la croix.

Or, ce jour qu’il annonçait en sa veille de douleur, il demeure. Il demeure comme le lieu inépuisable du salut, jusqu’au jour où Dieu sera tout en tous, lorsqu’il n’y aura plus de pleurs.

Et déjà nous pouvons adorer celui dont le regard nous baigne de beauté et de sainteté par la grâce toute puissante de son amour.