Dimanche 5 février 2006 - Cinquième Dimanche

Il faut sortir !

Job 7,1-7 - Psaume 146 - 1 Corinthiens 9,16-23 - Marc 1,29-39
dimanche 5 février 2006.
 

Il faut sortir !

Entendez qu’on vous conseille de vous rendre au théâtre, au concert, au cinéma et aux dîners en ville pour entrer dans le mouvement. Mais pour rencontrer les autres et la vaste réalité, il faut s’extraire de chez soi, parfois non sans difficultés. La vie commence par une naissance : il faut bien sortir alors, même si on se trouvait très bien à l’intérieur. La nécessité de vivre nous presse toujours et se fait parfois si dure qu’elle semble perdre toute raison d’être : Job, que nous avons entendu dans la première lecture, crie de façon pathétique ce désespoir de l’homme qui en vient à maudire le jour de sa naissance.

Jésus a connu comme nous la naissance, la pression de la vie avec ses désirs, ses bonheurs, ses besoins et ses détresses et même le cri de l’homme qui rend le denier souffle dans la souffrance extrême. N’est-ce pas pour cela qu’il est venu ? On attendrait d’ailleurs plutôt ce verbe “venir” quand il dit à Simon : « C’est pour cela que je suis sorti. » D’où est-il donc sorti ? De la synagogue, certes en dernier lieu, de l’obscurité de la vie cachée, du sein de sa mère la Vierge Marie, sans doute. Mais surtout et principalement du Père céleste en qui il demeure de toute éternité.

Cette sortie de Dieu que signifie l’incarnation du Fils dépasse absolument notre capacité de décrire et de concevoir un tel drame métaphysique. Mais l’Écriture nous en parle quand même : Lui qui était dans la condition de Dieu s’est anéanti lui-même, il a pris la condition d’esclave jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Qui dira ce que signifie de déchirement en Dieu même l’événement de Jésus Christ, le Verbe fait chair, lui qui est en personne la Bonne Nouvelle de notre salut ?

Lui-même, ressuscité, en a dit la nécessité à ses disciples : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Mais de quelle nécessité s’agit-il ? Nécessité d’obéissance, assurément, pour le Fils parfait Serviteur du Père envoyé par lui proclamer et réaliser l’Évangile de notre salut. Mais encore ? Plus fondamentalement et plus précisément, il s’agit de la nécessité de l’amour : Dieu nous a tant aimé qu’il lui a bien fallu sortir de lui-même pour venir nous sauver, nous qui étions enfermés au pouvoir du mal sous les espèces de l’orgueil et de l’égoïsme.

Voyez Jésus en action dans le passage évangélique qui décrit une unique journée, dont nous avons entendu la première partie dimanche dernier et la seconde à l’instant : il enseigne avec la puissance de délivrer par sa parole l’homme de ses démons, il guérit les malades, il exorcise les possédés, il prie. Quelle unité préside à ces divers “rendez-vous”, sinon celle de l’amour et de sa nécessité puissante ? C’est un seul et même mouvement qui part de Dieu et retourne à lui que celui du Fils accomplissant sa mission de Parole du salut, délivrant les hommes de leurs maux parce qu’il “ne peut pas s’en empêcher”, puisqu’il les aime, et portant tout cela dans la prière, lui qui est toujours tourné vers le Père.

Et ce mouvement d’amour est contagieux : ceux qu’il atteint et qui se laissent toucher sont aussitôt entraînés en lui, telle la belle-mère de Simon qui, à peine guérie, aussitôt “les servait”. Avant elle, Jésus était en route, déjà, avec Jacques et Jean pour aller chez Simon et André : ses disciples l’accompagnent sur le chemin d’amour et de salut qu’il parcourt, et il se les associe dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu.

De cela l’Apôtre Paul est témoin, nous l’avons entendu : « Frères, si j’annonce l’Évangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi ! » cette nécessité n’est autre que celle de l’amour qui s’impose à tous les saints comme elle s’est imposée d’abord à leur Seigneur, Jésus Christ Fils de Dieu sauveur. Et cette unique nécessité de l’amour les pousse tout aussi bien à évangéliser, à prier et à exercer la charité en faveur des frères chrétiens et de tous les hommes, chacun selon sa grâce et les appels de l’Esprit.

Mais attention : le péché est justement ce qui fige et tue en nous le mouvement de l’amour. Moins nous le pratiquons et moins nous en éprouvons le besoin. C’est pourquoi nous devons commencer non sans effort ce qui, de soi, nous apparaîtra toujours plus à l’épreuve comme l’évidence même de la vie et du bonheur de vivre, en dépit des souffrances et des humiliations qui attendent les serviteurs de l’Évangile.

N’hésitons donc pas à nous forcer un peu pour prendre les moyens et les chemins de la prière plus fréquente et plus ardente, de la participation plus généreuse aux œuvres de l’Église et d’une formation plus exigeante. Ainsi, dans sa belle encyclique, le pape Benoît XVI nous instruit précisément sur l’ampleur et la profondeur de l’affirmation de la foi “Dieu est amour” : il ne faut pas manquer de la lire.

Allons, frères, il faut sortir de l’enfermement des mille soucis et satisfactions trompeuses de la vie pour entrer dans le mouvement puissant de l’amour et de la bonne Nouvelle de Dieu.

Texte des lectures : Cliquez ici