Dimanche 26 février 2006 - Huitième Dimanche

Comment réussir la manifestation ?

Osée 2,16-22 - Psaume 102 - 2 Corinthiens 3,1b-6 - Marc 2,18-22
dimanche 26 février 2006.
 

Comment réussir la manifestation ?

C’est bien connu : il faut mobiliser, rassembler, dynamiser, sécuriser. Ainsi la démonstration fera forte impression sur les autorités et sur l’opinion.

Comment réussir un couple ?

C’est moins bien connu. Rêver la vie avec l’aimé(e) comme la même en mieux parce qu’agrémentée de la présence de l’autre de mes rêves, c’est complètement régressif. Tandis que s’offrir pour une histoire à deux où l’on devient un autre qu’on ne connaissait pas, c’est vraiment aller de l’avant.

Et que dire si cette histoire de couple est la manifestation de Dieu même !

Le temps de l’Épiphanie n’est pas si loin encore. Rappelez-vous : Noël, la Sainte Famille, les Mages, le baptême du Seigneur, et même la Présentation au Temple. C’était hier. Et demain voici le Carême. Épiphanie signifie “Manifestation”. C’est le grand tournant de l’Histoire, car Dieu s’est manifesté parmi les hommes : il est là celui que les Nations désiraient ! Or, l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle qu’il vient comme l’Époux. D’ailleurs, tel est le sens des “Noces de Cana”, texte évangélique que nous n’entendons qu’une fois tous les trois ans, le 2e dimanche de l’année C, mais qui résonne depuis les origines de l’Église au temps de la Manifestation.

Voilà pourquoi Jésus saisit au bond, sortant de la bouche de ses contradicteurs, cette vieille histoire du jeûne pour annoncer la belle nouvelle : l’Époux est là ! Voilà qui change tout en faisant passer l’Alliance du temps des promesses et de l’épreuve à celui de la réalisation et du salut, comme l’eau de la purification se change en vin meilleur que jamais.

Le jeûne rituel, pratique religieuse universelle, consiste pour le peuple à jouer la mort devant Dieu pour y échapper par grâce. Dans un grand péril, à cause d’une catastrophe en cours ou en perspective, ou encore à la suite d’un grave péché collectif dont on redoute le châtiment, ou même simplement de façon périodique pour parer à toute éventualité, les membres de la communauté religieuse sont convoqués pour participer à une grande démonstration à l’attention du Ciel. Jeûner, c’est dire à Dieu : Si tu nous abandonnes, nous sommes morts !

Mais comment parler encore d’abandon possible lorsque Dieu s’est lié irrévocablement à notre chair ? Plus question donc, pour les chrétiens, de jeûne rituel à la manière des hommes. Nous en reparlerons mercredi prochain, à l’occasion des Cendres et de notre entrée en Carême. Ce qui ne signifie pas que le temps des sacrifices soit révolu. En effet, le lieu où l’Époux s’accorde à l’Épouse, c’est la croix, lorsque de son côté ouvert naît l’Église qu’il se présente à lui-même comme une fiancée sainte et sans défaut. Et comment l’Épouse ne partagerait-elle pas le sacrifice de l’Époux ? Et puis, si Jésus est ressuscité le troisième jour, il est aussi monté au cieux où il siège jusqu’au jour où il reviendra dans la gloire. En attendant ce jour, l’Église n’est pas en possession de son Époux.

L’Église n’est pourtant pas veuve, car il est vivant, ce Jésus qui est mort pour elle. Et il ne cesse de communiquer avec elle, de lui donner de merveilleux signes très réels de son assistance, et même de lui assurer de bien des manières sa présence malgré l’absence. Pourtant, elle éprouve souvent cette absence comme un grand vide et un manque cruel : on peut dire qu’elle “jeûne” alors de l’époux lui-même, d‘autant plus qu’il se donne habituellement à elle dans l’Eucharistie en nourriture de vie éternelle. C’est ainsi que s’accomplit la parole : « Un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ce jour-là, ils jeûneront. » Ce jour est le jour de la croix, où le Fils crie vers le Père : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? », et tout jour des disciples où ils sont unis par le martyre à la Passion du Seigneur. En ces jours plus qu’en aucun autre ils sont unis à Dieu qui ne les a pas abandonnés.

Voilà pourquoi nous devons réussir le couple du Christ et de l’Église en accueillant la grâce d’un temps de nouvelles fiançailles, tel qu’il était prophétisé au livre du prophète Osée. Israël avait longtemps éprouvé son alliance avec Dieu comme une relation conjugale dans laquelle il tenait le rôle de l’épouse incurablement infidèle. Le temps du désert restait dans la mémoire religieuse comme celui d’une présence toute proche de Dieu à son peuple, une présence qui n’avait cessé des s’estomper au fil des péchés et des trahisons. Dieu annonce donc un accomplissement de ses promesses passant par une refondation de l’Alliance dans un nouveau commencement. C’est bien ainsi que nous devons vivre l’Alliance nouvelle.

Si nous croyons à cette parole que nous avons entendue, la foi nous mobilise comme nulle cause humaine. Si nous laissons la charité nous embraser et l’amour de Dieu nous unir, nous sommes rassemblés mieux qu’aucun parti des hommes. Si se creuse en nous le désir ardent de la venue de l’Époux, l’espérance nous dynamise plus que tous les espoirs de la terre. Et Dieu demeure notre assurance à jamais.

Alors nous réussirons la manifestation de Dieu venu en notre chair. Ou plutôt, nous rendons un témoignage authentique, à la suite de l’Apôtre, à l’amour de Dieu qui s’est manifesté pour le salut de tous les hommes.

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