Dimanche 5 mars 2006 - Premier dimanche de Carême

Les décisions importantes se prennent souvent trop vite.

Genèse 9,8-15 - Psaume 24 - 1 Pierre 3,18-22 - Marc 1,12-15
dimanche 5 mars 2006.
 

Les décisions importantes se prennent souvent trop vite.

Parce qu’elles n’ont pas été préparées comme il aurait fallu. Ou parce que celui qui les prend n’a pas été préparé à les affronter, inattendues, soudaines et impérieuses, par la force des choses.

Il arrive aussi qu’ayant décidé sans trop savoir pourquoi, on découvre après coup qu’on ne s’en trouve pas si mal, et l’on dit : « J’ai été bien inspiré. » Qu’est-ce que ça veut dire ? Que j’ai eu de la chance et que je me plais à imaginer qu’après tout je suis peut-être plus malin que je ne pensais ?

Et si l’on pouvait croire à ce qu’on dit ? S’il y avait vraiment quelqu’un qui peut inspirer, et qui inspire bien ?

Jésus, avons-nous entendu, est poussé par l’Esprit au désert, après son baptême. Le verbe grec est adouci par la traduction : il signifie littéralement “éjecter”, il est traduit par “expulser” quand il s’agit d’un exorcisme, d’un démon chassé par le Christ. Il indique un mouvement soudain et violent.

En effet, les quarante jours au désert préfigurent la trajectoire complète de la vie publique du Seigneur depuis son baptême par Jean jusqu’à sa passion et sa résurrection. L’évangéliste saint Marc ne cesse de faire progresser son récit à l’aide de la simple transition “et aussitôt”, plus littéralement “et directement”. Jésus est comme la flèche décochée par le Père contre Satan avec la puissance de l’Esprit, flèche qui va droit à son but et l’atteint efficacement, définitivement.

Pour Jésus, ce ne sera pas sans surprises, sans décisions à prendre soudainement dans l’urgence de situations inattendues. Mais jamais il ne manquera d’être bien inspiré, c’est-à-dire de se laisser pousser par l’Esprit Saint. Comment s’est-il donc préparé pour devenir ainsi capable de se décider en toutes circonstances à coup sûr ?

Nous ne savons pas grand-chose de sa préparation. Mais nous savons qu’elle fut longue : saint Luc dit qu’il avait environ trente ans à son baptême. Nous savons aussi qu’il fut, depuis son jeune âge, un lecteur assidu et intelligent des saintes Écritures. Nous comprenons qu’il a écouté et mis en pratique la Parole, fidèlement, jour après jour.

Écoutez bien. Jésus est pour nous un modèle : celui qui veut être son disciple doit marcher à sa suite et parcourir son chemin. Le baptême n’est pas la purification de souillures extérieures, mais l’engagement à une vie chrétienne, c’est-à-dire une vie avec le Christ, configurée à la sienne : un combat pour le bien contre le mal, jusqu’au sacrifice et à la mort, couronné par la résurrection.

Le baptême n’est donc pas une décision qu’on pourrait prendre à la légère, ni pour soi ni pour un autre. Pas question de la jouer au petit bonheur la chance. Il faut la préparer soigneusement.

Voyez le mariage : combien d’unions se décident trop vite et vont à la catastrophe ! D’un autre côté, rester indéfiniment dans l’indécision, en vivant comme mariés mais sans l’être, n’est pas une solution. Car ne rien décider, c’est encore décider, et de la pire des manières. Pour le baptême, c’est pareil en encore plus grave. Car il s’agit bien d’une alliance, et qui n’est pas seulement pour la vie, mais pour la vie éternelle.

Allez-vous lancer sur la mer un grand voilier, un bâtiment de combat, qui n’aurait ni quille, ni barre, ni mât ? Et vous dire : « Qui sait, j’aurai peut-être été bien inspiré » ? Une pauvre coque à la dérive promise rapidement au triste sort des épaves, voilà ce que serait votre œuvre !

C’est notre responsabilité qui est en jeu ici pour ces enfants, la responsabilité de l’Église. Allons-nous continuer à multiplier les épaves de chrétiens : tous ceux qui, à peine baptisés, enfants ou adultes, disparaissent à jamais de l’assemblée des disciples ? Que pensez-vous d’un homme qui, à peine marié, dirait à sa femme : « C’était bien, la fête, mais maintenant j’ai mieux à faire qu’à vivre avec toi » ?

Comment, donc, se préparer au baptême ? Évidemment, vous l’avez compris, en étant assidu à l’écoute de la Parole de Dieu et à l’apprentissage de sa mise en pratique, dans la communauté des disciples. Et puis, bien sûr, en s’engageant dès maintenant à poursuivre de plus belle après le baptême, fortifié par la fréquentation des sacrements, en premier lieu la messe dominicale, pratiquée bien entendu tous les dimanches. En sorte que votre vie entière devienne un combat et un sacrifice avec le Christ, victorieux dans sa résurrection, déjà récompensé merveilleusement en ce monde par la charité fraternelle en Église. Un combat de toute la vie jusqu’à la mort, traversée avec le Christ pour la gloire de Dieu.

Tout cela est trop dur pour des enfants ? Mes amis, c’est trop dur pour tout le monde. C’est tout simplement impossible à l’homme. Mais par la puissance de l’Esprit Saint, Dieu nous en rend capable. C’est pourquoi, si nous écoutons sa parole et le prions ensemble, ce n’est pas un pari hasardeux que nous risquons, mais le don de Dieu que nous accueillons, et qu’il fera certainement réussir.

Alors nous ne prenons pas la décision trop vite, car c’est aujourd’hui le temps opportun, c’est maintenant le moment favorable.

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