Dimanche 19 mars 2006 - Troisième dimanche de Carême

Comment inspirer confiance en affaires ?

Exode 20,1-17 - Psaume 18 - 1 Corinthiens 1,22-25 - Jean 2,13-25
samedi 18 mars 2006.
 

D’abord il faut être bien habillé. Une bonne affaire, c’est un donnant-donnant où chacun trouve son profit : un “gagnant-gagnant”, en somme. Mais si l’autre a déjà l’air d’un perdu, c’est qu’il doit plutôt faire dans le genre perdant-perdant : très peu pour moi !

Dieu inspire-t-il confiance ? Sur le papier, sans doute : c’est quand même une situation brillante, en principe. Mais, Dieu, personne n’a jamais vu comment il était habillé. Il faut donc se contenter d’en juger sur la mine de ses représentants.

Le Temple de Jérusalem au temps de Jésus était une affaire florissante. La maison était magnifique, grâce aux travaux commandités par Hérode le Grand qui tenta d’assassiner le Messie enfant, et il se pratiquait chaque jour un gros volume d’offrandes et de sacrifices divers sur lesquels les prêtres percevaient des dividendes substantiels.

La manière ordinaire d’honorer les dieux parmi les nations est semblable à celle dont on traite les puissants de ce monde : on essaye de se garder de leurs foudres, de leur verser moindre tribut et d’en obtenir plus de faveurs. Pour cela, on ne ménage pas les petits présents et les flatteries dont sont friands insatiablement ceux qui respirent goulûment la bonne odeur de la gloire qui vient des hommes.

Mais le Seigneur, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob a-t-il voulu cette sorte de religion pour son peuple Israël ? Lui qui n’avait besoin de rien, il les a tirés de l’esclavage d’Égypte et leur a donné la Loi comme un merveilleux cadeau de fiançailles. Ce don sans pareil devait faire leur gloire au milieu des nations plus qu’aucun monument de pierres ou qu’un monceau d’or et d’argent.

La Loi, les “Dix Commandements” et tout ce qu’ils représentent de parole divine reçue et transmise par Moïse, n’est pas un contrat mais une lumière sur la vie qui découvre la beauté du Ciel et inspire l’espérance d’un remède au mal et à la mort régnant tristement ici-bas.

Or, le remède, c’est le Fils de Dieu en personne venu dans notre chair lorsque les temps furent accomplis. Déjà, lorsque les fils d’Israël faisaient leurs délices de la Loi du Seigneur, c’est qu’ils accueillaient, avec le don, le Donateur. Déjà, alors, ils étaient eux-mêmes la véritable maison de Dieu sur la terre, mieux et plus que ce Temple dont la réalité ne fut jamais à la hauteur de la belle image qu’on s’en fit.

Le Temple était lui-même une image, un signe, rendu plus ou moins illisible par l’usage dégradé qu’en faisaient des serviteurs indignes. La réalité qu’il devait indiquer n’était autre que la “Maison du Père”, le lieu spirituel de la communion avec Celui qui a créé l’homme à son image et à sa ressemblance, avant que le péché n’entre dans l’histoire.

Si le Père éternel avait tiré de la maison d’esclavage Israël comme un enfant chéri, c’était pour le faire entrer dans la liberté des fils de la maison, et non pour qu’il change sa Maison en commerce.

Sans doute, le Temple était-il le lieu où Dieu attendait les offrandes apportées par le peuple. Mais, les offrandes, nous en reparlerons bientôt, à l’écoute de l’évangile du cinquième dimanche de carême. Pour l’instant, comprenons bien que l’alliance avec Dieu est, au commencement et pour toujours, un don parfaitement gratuit de sa part. Il est insensé, celui qui voudrait faire son affaire de Dieu. Car Dieu, en faisant alliance, s’est donné lui-même par amour. Or, aimer veut dire aussi perdre avec l’autre.

En dépouillant le Temple de ses riches attributs de maison de trafic, Jésus annonce le jour où il sera lui-même dépouillé de ses vêtements pour se voir clouer nu sur la croix. Son corps trois fois donné ne pouvait être vendu ni acheté, en dépit des trente deniers : donné par le Père au Fils éternel pour l’accomplissement de sa mission, offert en sacrifice d’action de grâce jusqu’à la mort, redonné dans la résurrection et dans l’Eucharistie qui crée l’Église à la gloire de Dieu.

Si le Christ s’est fait perdant avec les hommes perdus, c’était pour qu’ils puissent gagner la vie en sa vie regagnée, et qu’ils vivent à jamais en son corps ressuscité devenu la Maison du Père pour toutes les nations. Et déjà le connaissent ceux qui se laissent placer sous le règne de la Loi nouvelle, celle de l’amour qui se donne sans retour et reçoit l’autre de même.

Finalement, cet homme crucifié n’est-il pas le seul Dieu qui puisse inspirer confiance à l’homme et lui rendre digne de foi la promesse de revêtir l’immortalité ?