Quatrième dimanche de Carême -Deuxième scrutin pour les catéchumènes (L’aveugle-né)

Ah, qu’il est long le chemin de la lumière !

2 Chroniques 36,14-23 - Psaume 136 - Éphésiens 2,4-10 - Jean 9,1-41
dimanche 26 mars 2006.
 

Ah, qu’il est long, le chemin de la lumière !

Mais, la lumière n’est-elle pas rapide comme l’éclair ? Ne se propage-t-elle pas en ligne droite, c’est-à-dire, par définition, selon le plus court chemin d’un point à un autre ?

Sans doute, mais cela peut durer longtemps : des années et des années. Elle parcourt alors des années-lumière, par milliers, par millions, par milliards, même ! Il paraît que notre univers a commencé il y a quinze milliards d’années (à peu près !) par un grand boum, le big-bang, si vous préférez.

Alors, le grain d’univers initial a explosé et s’est répandu dans toutes les directions. Et dans quoi s’est-il répandu ? Dans rien, forcément, puisque tout était en lui. Or, le rien, cela doit être noir, sûrement, absolument noir.

Autrement dit, notre monde est né aveugle. Et l’aveugle-né de la parabole le représente bien. En effet, le rien ne peut opposer aucune résistance à quoi que ce soit, évidemment : c’est pourquoi l’univers s’épand sans effort. De même, Jésus, en sortant du Temple, “passe” avec lui l’aveugle-né sans qu’il ait rien demandé ni ne fasse aucune objection.

Au contraire, les pharisiens n’en finissent pas de s’opposer à l’évidence même de l’œuvre du Christ. Du coup, celui qui, comme il disent, était plongé dans le péché depuis sa jeunesse, en tout cas dans les ténèbres de la cécité et de l’ignorance, se trouve bientôt en état de leur faire la leçon. Eux, au contraire, dépositaires et connaisseurs des saintes Écritures et de la révélation faite à Israël, s’enfoncent dans l’aveuglement : l’étonnant, leur dit l’homme qui était aveugle et qui avoue sans difficultés son incompétence, c’est que vous, vous ne sachiez pas d’où est celui qui m’a ouvert les yeux !

Nous voyons là le résumé de l’histoire paradoxale du peuple élu, telle que le passage du second Livre des Chroniques que nous avons entendu en résume un tournant essentiel : tous les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent les infidélités, en dépit de la parole des prophètes, au point qu’il n’y eut plus de remède. Et voilà qu’après soixante-dix ans d’Exil, il fallut que le salut vienne d’un païen, de quelqu’un qui n’est rien pour les juifs !

En somme, si ce qui n’est que ténèbres ne peut opposer de résistance à la lumière, en revanche, ce qui a reçu un peu de lumière peut se prendre pour quelque chose et se retourner contre elle. Telle est la nature du mal qu’il retourne le création de Dieu contre lui. Et non seulement sa création, mais même les dons de sa révélation. Ainsi le cercle vicieux proprement infernal dans lequel le monde était pris semblait absolument impossible à briser.

Un autre épisode de l’histoire d’Israël illustre ce mouvement désespérant : c’est celui du serpent d’airain, érigé par Moïse au désert pour que les hommes mordus par les serpents brûlants, en levant les yeux vers lui, échappent à la mort. Eh bien, figurez-vous que, par la suite, le bon roi Ézéchias dut détruire ce serpent, car le peuple l’avait conservé comme une idole devant laquelle il se prosternait au mépris du Seigneur !

Or, en ce 4e dimanche de carême de l’année B, si nous n’étions pas avec les catéchumènes, au lieu de l’aveugle-né nous aurions entendu dans le même évangile de Jean un autre passage (Jean 3,14-21) qui compare ce serpent à Jésus lui-même élevé sur la croix. Ici nous comprenons comment Dieu accomplit l’impossible de notre salut.

Pour forcer l’impasse d’un mal capable de retourner les dons de Dieu contre Dieu, le Fils de Dieu est allé jusqu’à la croix, retournant ainsi la mort contre la mort, la souffrance, la haine et le mépris contre tout ce qui anéantit l’homme, le salaire du péché contre le péché depuis l’origine. Il a retourné le mal contre le mal à jamais, en le supportant par amour pour les pécheurs, lui le saint et le juste.

C’est pourquoi, pour entrer dans le salut qu’il nous a obtenu, nous devons reconnaître que nous ne sommes rien. C’est ainsi que nous laissons Dieu nous illuminer sans lui opposer de résistance, et nous recréer dans sa lumière. Tandis que, dès que nous nous prenons pour quelque chose au monde, nous nous dressons contre celui qui est.

Attention, chers catéchumènes, écoutez bien et retenez cela pour toute votre vie. Et surtout, n’allez pas, comme trop de vos devanciers, hélas, recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne la nuit de Pâques, et puis ne plus mettre les pieds à l’église : ce serait retourner les dons de Dieu contre Dieu aussitôt que vous les auriez reçus !

Écoutez plutôt saint Paul vous annoncer le salut par la grâce, à cause de votre foi : vous viendrez chaque dimanche vous laisser recréer par le Christ en renouvelant votre profession de foi dans l’Eucharistie que fait l’Église et qui fait l’Église.

Ne croyez pas que votre vie chrétienne puisse être fidèle sans passer aussi par une longue histoire de résistance contre Dieu, à mesure qu’il vous dispensera ses dons. Mais si vous suivez le Fils de Dieu pas à pas, à chaque fois il vous “passera” avec lui à travers tous les obstacles.

Frères, il en va ainsi pour nous qui sommes baptisés : si nous nous écartons du Christ, lumière du monde, nous retournons par notre faute à ce rien qui est sans Dieu, au lieu de devenir toujours plus et mieux ce rien pour Dieu qui se remplit de Lui, à la suite de Jésus qui s’est anéanti pour nous. Relançons-nous donc sur la bonne voie.

Et tout au long de ce chemin vers la Lumière, la joie nous accompagnera comme une étincelle que l’on pourrait contempler éternellement.

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