Cinquième dimanche de Carême - Scrutin des enfants catéchumènes

Psyché était belle

Jérémie 31,31-34 - Psaume 50 - Hébreux 5,7-9 - Jean 12,20-33
dimanche 2 avril 2006.
 

Psyché était belle.

Si belle qu’on ne pouvait se rassasier de la regarder. Théo, son ami, surtout, en était ravi. Mais Psyché se disait : « Comment serais-je sûre qu’il m’aime, moi, et pas seulement ma beauté ? » Cette pensée la tourmentait tandis qu’elle se hâtait au rendez-vous de son aimé en coupant à travers les Terres Chaudes. Elle trébucha et tomba dans un geyser brûlant comme le feu.

Longtemps après, quand elle revint de son coma, défigurée, elle ne voulait plus voir personne. Mais elle découvrit que Théo l’avait veillée jour et nuit. Alors elle se laissa aimer telle qu’elle était devenue, tant et si bien qu’elle retrouva la beauté, plus merveilleusement qu’avant.

Quel rapport voyez-vous entre ma petite parabole et la phrase de l’évangile : « Celui qui aime sa vie la perd, celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. » ? Les enfants, vous avez beau être habitués aux rapprochements par la fréquentation du catéchisme ou de l’Aumônerie, celui-là n’est pas facile.

Peut-être verrez-vous plus clair si je traduis la phrase plus littéralement à partir du grec : « Celui qui aime son ego le détruit, celui qui le hait en ce monde pour la vie éternelle le préserve. »

Psyché hait sa beauté pour l’amour de Théo : c’est-à-dire, si elle risque de faire écran entre elle et l’amour vrai de son aimé. Psyché, en grec “âme”, peut signifier la vie particulière de l’individu : c’est en ce sens que ce mot est utilisé par deux fois dans notre phrase. En Français actuel, c’est “l’ego” : toute la conscience qu’une personne peut avoir d’elle-même, de sa valeur et de son importance.

Or, Dieu sait que nous pouvons enfler de l’ego ! La beauté, la richesse, l’intelligence, la force, l’autorité, le talent, la renommée, tout cela est bon en soi, c’est même un reflet de la gloire de Dieu à l’image de qui nous avons été créés. Mais ce reflet peut faire écran entre la créature et le créateur, entre l’homme et son prochain. Celui qui porte son ego en avant de lui pour s’en glorifier et en écraser les autres gâche tout : il rend haïssable ce qui était aimable, il “détruit sa vie” parce qu’il l’aime à la façon du monde.

Tout le monde veut voir Dieu. Dans l’évangile, “les Grecs” représentent les païens, autrement dit tous les hommes. Pour l’homme, Dieu, s’il existe, est puissance, beauté et connaissance absolues. Et qui le contemplerait deviendrait semblable à lui. C’est pourquoi les hommes ont fait des idoles, des images de ce qu’ils voulaient être, et qu’ils se sont perdus dans cette contemplation.

L’idolâtrie, voilà en effet le péché du monde qui nous enferme dans un face-à-face désespéré et mensonger avec ce faux reflet de nous-mêmes où nous cherchons avidement à nous voir parfaits et éternels. Le miroir flatteur et déformant de nos idoles est l’écran qui nous arrête et nous fige dans la méconnaissance de Dieu.

Regardez la croix : là, il n’y a plus d’écran. Jésus crucifié n’a ni grâce ni beauté, plus même figure d’homme. Rien en lui à ce moment ne peut arrêter notre regard sur l’amour de Dieu qui se révèle au-delà de toute idée humaine.

Cet amour qui traverse la mort ne peut plus ni vieillir, ni mourir. Il est vie éternelle : “Zoè aiônios” en grec. Le mot “vie” ici est différent de la “psuchè” qu’il nous faut “haïr” en ce monde en vue de la vie éternelle. Il signifie la vie comme un tout d’où procède toute vie particulière, comme un mouvement qui devrait nous emporter dans un même élan auquel chacun contribuerait de toute son âme.

C’est pourquoi le baptême n’est pas un brevet de chrétien mais la possibilité de commencer à le devenir. Le baptême est le commencement de la possibilité d’une vie chrétienne. Car il faut que notre âme soit libérée de l’enfermement du péché pour pouvoir prendre son élan en Dieu. Il faut enlever le bouchon de notre ego afin que nous puissions dire comme saint Paul : j’ai tout considéré comme une perte à cause de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur.

Ainsi, même s’il nous faut passer par le feu, nous entrerons dans l’Alliance nouvelle ouverte par le Fils de Dieu au jour de ses cris et supplications dans notre chair, cette alliance de cœur qui est connaissance de l’amour pour la gloire de Dieu et notre bonheur éternel.

Car la beauté de l’amour sera notre désir toujours vivant et comblé surabondamment.