9 avril 2006 - Dimanche des Rameaux et de la Passion

Êtes-vous plutôt Palmes ou Rameaux ?

Les Rameaux : Marc 11,1-10 ou Jean 12,12-16 - La Passion : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21 - Philippiens 2,6-11 - Marc 14,1 à 15,47
samedi 8 avril 2006.
 

Êtes-vous plutôt Palmes ou Rameaux ?

Après ce que nous avons entendu, est-ce bien le moment de poser une telle question ? Eh bien oui, précisément.

Les rameaux, ou “feuillages coupés dans la campagne” comme le dit l’évangéliste saint Marc, évoquent la joyeuse et pacifique “Fête des tentes” au cours de laquelle les Juifs faisaient mémoire de la merveilleuse présence de Dieu, toute proche au temps de l’Exode, lorsque le Seigneur habitait sous la tente au milieu de son peuple au désert.

Les branches de palmier, en revanche, nommées par l’évangile selon saint Jean que nous avons choisi d’entendre au début de cette messe, rappellent la restauration de la royauté en Israël accomplie deux siècles avant Jésus par la famille des Maccabée à la pointe de l’épée. Mais les Romains avaient bientôt mis fin à cet épisode.

Derrière l’apparence anodine d’une variation végétale apparaît donc, dans le symbolisme fort du langage biblique, une opposition quasi frontale de stratégies et d’espérance : le Messie attendu sera-t-il un roi guerrier qui boutera l’occupant dehors par la force des armes, ou bien la douce présence de Dieu revenu au milieu de son peuple ?

En choisissant de s’asseoir sur un petit âne pour faire son entrée triomphale, Jésus s’oppose clairement à la première hypothèse. Mais il ne confirme pas pour autant simplement la seconde. En vérité, il y aura bien un combat sanglant, mais ce combat sera celui de la fidélité contre la haine, et le sang versé jaillira de la victime en son sacrifice. Quant à la victoire, elle viendra de l’amour éternel du Père pour son Fils.

Aujourd’hui, la situation de l’Église dans notre pays est de plus en plus critique : elle est en train de disparaître du paysage. Des pans entiers de notre territoire national ne la connaissent plus que comme un vestige de pierres que n’animent désormais ni processions ni chants joyeux. Vous avez la chance d’en trouver ici. Mais pour combien de temps encore ?

Alors, qu’allons-nous faire ? Prendre les armes de notre époque : campagnes, manifestations, groupes de pression, battage médiatique, marketing agressif et autres manipulations de masse de ceux qui savent bien promouvoir et défendre leurs propres intérêts économiques ou politiques ? Ne serions-nous pas alors comme Judas qui vendit son maître, sans doute parce qu’il le trouvait trop doux, pour ne pas dire trop mou ? Loin de nous le projet de trahir ainsi celui qui a donné sa vie pour nous !

Ne vous reste-t-il donc que le parti d’en profiter tant que nous serons là, en espérant sournoisement que cela durera bien autant que vous ? Quant à ceux qui viendront après vous, ils n’auront qu’à se débrouiller eux-mêmes, n’est-ce pas ? Quiconque envisage ainsi l’avenir, consciemment ou non, ressemble à ce jeune homme qui suit Jésus après son arrestation, mais s’enfuit dès que lui-même est menacé aussi, et se sauve tout nu, pour sa honte !

Revenons donc au Seigneur qui a souffert pour nous, pour le pardon de nos péchés. Laissons-nous sanctifier dans la célébration de son mystère pascal, cette semaine et tout au long de l’année. Alors lui-même nous inspirera les actions pacifiques et justes par lesquelles il manifestera sa puissance de ressuscité et revivifiera son Église.

Que palmes et rameaux s’inclinent devant le roi crucifié que Dieu a glorifié, et nous serons régénérés dans son Eucharistie.