16 avril 2006 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur

Où est l’intérêt ?

Actes 10,34.37-43 - Psaume 117 - Colossiens 3,1-4 - Jean 20,1-9
mercredi 19 avril 2006.
 

Où est l’intérêt ?

Homme, où est l’intérêt ? Animal à quatre pattes qui s’est mis debout, forcément il court beaucoup moins vite. Certes, la station debout nous a dégagé le cerveau pour penser, la bouche pour parler et les mains pour faire. Et que faisons-nous ? Nous moulons du béton, toujours plus de béton, et nous brûlons du pétrole. Nous faisons de notre terre un tas de choses mortes.

Pâques, où est l’intérêt ? Un tombeau vide n’est qu’une absence de corps. Pour les femmes venues l’embaumer, la frustration du corps ne sera pas compensée par le Ressuscité puisqu’il ne se laissera pas reprendre. Dès le premier matin l’accent est donc mis, en saint Jean notamment, sur la nécessité de croire sans le voir que Dieu l’a relevé d’entre les morts, celui qu’on avait enseveli.

Pâques révèle d’abord en pleine lumière l’absence de Dieu en notre terre. De cela tous les hommes ont l’intuition dans l’expérience de l’injustice du monde et du scandale du mal. Mais notre situation d’exilés loin du Créateur qui nous fit à son image éclate plus cruellement en ce matin où le corps du Fils de Dieu venu parmi nous a disparu. N’est-ce pas la raison profonde de la peur et des hésitations des premiers témoins ?

La tentation serait alors de désespérer de la terre sous prétexte de miser sur le ciel. Puisque notre monde privé de Dieu court à sa perte sous sa loi de l’homme, consommateur effréné et destructeur, choisissons la contestation radicale et la fuite. Le nihilisme et les dérives sectaires suicidaires ou terroristes illustrent tragiquement cette pente fatale de notre époque postmoderne.

Bien sûr, ce n’est pas la direction qui correspond à notre foi. Nous ne faisons pas de notre terre une demeure dernière vouée à l’anéantissement, pour laquelle il ne nous resterait que le choix entre précipiter sa fin ou s’enivrer en l’attendant tranquillement.

Au contraire, nous la menons vers sa vie. Passés avec le Christ par la mort à nos convoitises terrestres, nous sommes relevés par lui pour conduire le monde en pèlerinage vers le jour où il paraîtra dans sa gloire.

L’homme debout ressuscité avec le Christ ne court pas plus vite, mais il sait où aller. Voilà l’intérêt de Pâques. Même le disciple plus rapide que Pierre n’a pas couru si vite qu’il n’ait dû attendre d’entrer dans le tombeau pour croire. Mais, en prenant la place de celui qui était mort, il a renoncé à lui-même pour vivre de la vie nouvelle. Désormais, par la puissance de l’Esprit Saint, nous avons une intelligence pour comprendre le Mystère, une bouche pour rendre grâce et des mains pour faire le bien par amour de nos frères.

Et si le corps du Christ reste absent, élevé dans la gloire à la droite de Dieu, cette frustration doit nous être bonne : elle nous pousse à en trouver la seule compensation qui vaille dans le corps ecclésial où nous communions par le Fils au Père dans l’Esprit. Quel bonheur de faire de tous les hommes des frères unis dans la responsabilité de la terre promise à la nouvelle création par l’amour de Dieu !

Tous les intérêts de notre humanité sont maintenant cachés avec le Christ en Dieu, et c’est notre joie de marcher vers la Vie dans la foi.