16 avril 2007 - Lundi de Pâques

Les événements s’enchaînent

Actes 2,14-32 - Psaume 15 - Matthieu 28,8-15
jeudi 20 avril 2006.
 

Les événements s’enchaînent.

Curieuse expression, quand même, pour dire une suite de rebondissements : une chaîne est un objet plutôt statique et pesant. Mais on comprend que la métaphore porte surtout sur l’aspect de succession nécessaire et solidaire des maillons.

Les femmes viennent à peine d’entendre les paroles de l’Ange au tombeau vide, elles courent porter la nouvelle aux disciples, et voilà qu’elles tombent sur Jésus lui-même. Notez bien qu’il s’agit ici de la version de l’évangéliste saint Matthieu. En saint Marc, que nous avons entendu lors de la nuit de Pâques cette année, les femmes « ne dirent rien à personne parce qu’elles avaient peur. »

En saint Matthieu, donc, la visite des deux Marie au tombeau est marquée par des phénomènes effrayants : grand tremblement de terre et descente d’ange comme l’éclair. Les gardes, bouleversés, deviennent comme morts, tandis que l’ange dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte. » Cette manifestation spectaculaire entraîne alors deux séries parallèles de conséquences opposées, l’une passant par les gardes et l’autre par Marie-Madeleine et l’autre Marie.

Les femmes, après avoir, à l’invitation de l’ange, “vu l’endroit” où Jésus reposait, commencent tout juste à obéir à la parole qu’elles ont reçue quand elles sont gratifiées de la première apparition du Ressuscité qui leur confirme la consigne de sa propre bouche. L’escalade des expériences est rapide pour elles !

Tandis qu’elles sont en chemin, certains gardes vont annoncer les événements aux chefs des prêtres. Loin de se laisser toucher par le récit de ce qui est arrivé, ces hommes vont s’enfoncer dans la corruption, le mensonge et le déni de la réalité.

Les deux faces d’une même logique sont à l’œuvre dans ces deux séries de conséquences contraires d’un seul et même événement : tandis que les femmes qui accueillent la Parole font de plus en plus l’expérience du Ressuscité lui-même, les chefs qui la repoussent se rendent toujours plus incapables de l’entendre.

Nous pourrions voir dans ce mouvement de séparation accélérée entre les amis du Christ, toujours mieux illuminés par le salut, et ses adversaires, toujours plus profondément hostiles, une fatalité désespérante pour ces derniers. Mais il faut d’abord se rappeler que le salut en Jésus Christ est justement pour ceux qui étaient tout à fait perdus. Si, historiquement, les ennemis de Jésus se sont enfoncés dans le refus de l’Évangile, Dieu n’a pas cessé de les aimer ni désespéré de les sauver.

En outre, il faut bien reconnaître que nous-mêmes ne sommes pas seulement sur un chemin d’illumination croissante et d’avancée dans le mystère du Christ à mesure que nous mettons mieux sa parole en pratique. Nous sommes aussi des pécheurs ne cessant de retomber dans le péché qui est toujours révolte contre Dieu. Les deux mouvements contraires de la logique du jugement nous traversent. Nous pouvons donc croire que ceux en qui apparaît un refus toujours plus obstiné sont pourtant poursuivis par l’offre toujours inlassable de la grâce qui s’est manifestée en Jésus Christ.

Et nous pouvons espérer en eux comme en nous-mêmes la victoire finale du salut de Dieu. Car la mesure du péché et celle de la grâce ne sont pas les mêmes : là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé.

Le refus de Dieu est une lourde chaîne de complicités de notre liberté avec le mauvais qui l’a blessée. L’accueil de la grâce est “esclavage de Dieu”, chaîne d’amour où nous découvrons la liberté dans l’Esprit Saint pour manifester le dynamisme du Christ ressuscité.

Ne craignons donc pas de prendre rang dans la chaîne vivante des témoins du Christ vainqueur de la mort pour que nous ayons la Vie.