Dimanche 23 avril 2006 - Deuxième dimanche de Pâques

“Bonne mère !”

Actes 4,32-35 - Psaume 117 - 1 Jean 5,1-6- Jean 20,19-31
dimanche 23 avril 2006.
 

“Bonne mère !” L’expression est régionale, mais le thème est universel. Qu’est-ce qu’une bonne mère ? Pensez à la vôtre : qu’en dites-vous ? Une mère doit être un flot ininterrompu d’amour : nourrir et vêtir, soigner et consoler, instruire et rassurer... Et tout cela sans étouffer, sans submerger : comme dit Freud, “il ne faut pas que la mère soit trop bonne”. C’est compliqué ! On comprend que les mamans se sentent parfois coupables et soupirent : « Je suis une mauvaise mère. »

Thomas n’aurait-il pas des problèmes de mère ? Pourquoi n’était-il pas avec les autres ? Une mère “trop bonne”, trop dévouée à son fils, expliquerait peut-être cette attitude individualiste. Ou bien serait-ce le syndrome du jumeau séparé de son jumeau ? Et puis, Jésus ne se montre-t-il pas “trop bon” avec lui ? Revenir exprès pour répondre à ses exigences de voir ses plaies, et même lui proposer de les toucher, c’est beaucoup, non ?

Pourtant, il aurait pu faire plus. Nous ne savons pas où était Thomas, pendant ces huit jours, mais le Seigneur le savait, lui. N’aurait-il pu aller le rejoindre là où il se trouvait pour se montrer à lui ? Or, il n’en fait rien : il attend que Thomas soit revenu avec les autres pour exaucer sa demande. Pourquoi ?

Parce que « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avaient un seul cœur et une seule âme », comme nous l’avons entendu dans la première lecture, au Livre des Actes des Apôtres. La foi n’est pas une affaire privée et exclusive entre l’homme et son Seigneur car, par nature, elle fait du croyant un membre de l’Église pour qui le Christ a donné sa vie.

C’est dans l’Église que Jésus ressuscité se donne à rencontrer et à croire : c’est comme ça et pas autrement. De même, nous tous qui avons été baptisés dans la mort et la résurrection du Seigneur, c’est par le ministère de l’Église que nous sommes renés à la vie nouvelle d’enfants de Dieu. Nous le sommes devenus par la maternité spirituelle de l’Église.

Être mère, c’est très physique : il n’y a qu’à voir ce que c’est que de porter un enfant dans son ventre. Et l’on n’est pas mère une fois en passant, on l’est pour toute la vie. De même, l’Église n’est pas une abstraction fugitive. Elle est constituée des personnes corporelles que nous sommes. Alors, forcément, elle n’est pas si bonne mère que nous voudrions.

Pourtant nous n’en avons pas d’autre pour nous porter dans la foi jusqu’au jour où nous deviendrons semblables au Fils de Dieu parce que nous le verrons tel qu’il est. Il faut bien faire avec elle, telle qu’elle est ! Autant, donc nous réconcilier avec elle sans tarder, si nous avons pu être fâchés.

Venons à la messe, formons chaque dimanche, “premier et huitième jour”, l’assemblée sainte où “l’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église”. C’est là que nous trouvons la foi, comme Thomas. Certains disent : « J’aimerais bien croire, mais la foi n’est pas donnée à tout le monde ». Répondez-leur : « La recette est simple et sûre, il suffit de venir chercher le Christ dans l’Église, vous l’y trouverez et il vous donnera la foi. » Si vous venez à l’église sans y chercher le Christ, vous risquez de ne pas l’y voir. Mais si vous ne venez pas du tout, vous ne le trouverez sûrement pas.

Et ne vous contentez pas de la messe du dimanche ! Vous avez entendu que les premiers chrétiens “mettaient tout en commun”. C’est l’idéal monastique et religieux. Mais nous devons tous le réaliser de quelque manière. Si vous ne partagez jamais les choses ordinaires de la vie, comme manger, boire, travailler, se réjouir et se consoler, et prier aussi bien sûr, avec d’autres croyants en Jésus Christ dans la communion de foi et de charité, comment pouvez-vous dire que vous aimez les enfants de Dieu, comment pouvez-vous savoir que vous êtes enfant de Dieu ?

Les autres chrétiens ne sont pas parfaits ? Sans doute. Et vous, croyez-vous l’être ? N’est-il pas encore plus beau de s’aimer les uns les autres quand il faut se supporter et se pardonner ? D’ailleurs, nous ne découvrons vraiment l’amour qu’en découvrant la miséricorde.

Tiens, “Miséricorde !”, c’était une exclamation, un peu comme “Bonne mère !” Et vous savez qu’aujourd’hui est le dimanche de la Miséricorde divine, c’est-à-dire de cet amour infini que nous porte le Père éternel, lui qui, à notre baptême, nous donne la propre mère de son Fils comme bonne Mère pour chacun de nous. Et l’amour maternel de l’Église est le visage le plus concret de la miséricorde de Dieu.

Frères, formons donc ensemble une Église qui soit la bonne mère offerte au monde par l’amour de Dieu, et nous dirons mieux que Thomas. Avec la troisième anamnèse du Missel, nous dirons au Christ qui nous unit en lui : « Notre Sauveur et notre Dieu ! »