Dimanche 30 avril 2006 - Troisième dimanche de Pâques - Fête des dix ans de mariage de Xavier et Carine

Il y a des gens qui vivent tout comme une épreuve

Actes 3,13-19 - Psaume 4 - 1 - Jean 2,1-5- Luc 24,35-48
lundi 1er mai 2006.
 

Il y a des gens qui vivent tout comme une épreuve.

D’autres, au contraire, prennent tout comme une chance. Sans doute, le tempérament joue. Mais le caractère objectif de la réalité aussi. Par exemple, le mariage : est-ce une épreuve ou une chance ? Renoncer librement à sa liberté : chance ou épreuve ? Et la fidélité ? Et les enfants ? Moi je trouve que c’est une chance, mais je n’en ai pas... Et la durée, le temps qui passe, les années qui s’ajoutent aux années : dix ans pour certains, et d’autres vingt, cinquante ou soixante-dix ?

De bons auteurs prétendent que le mariage conserve, d’autres soutiennent qu’il fait vieillir prématurément. Cela dépend sûrement des cas. Mais, d’une façon ou d’une autre, nous allons tous dans le même sens : celui du vieillissement jusqu’à la mort. Sauf... sauf Jésus qui est ressuscité !

Mais que signifie la résurrection du Christ ? On parle de corps glorieux, c’est une notion traditionnelle, de corps spirituel, en un sens ce n’est pas faux. Mais vous avez entendu l’évangile : il n’empêche que le Ressuscité est bien en chair et en os, ne nous en déplaise !

Les discussions à ce sujet, parfois vives et passionnées, ne sont pas près de cesser. D’ailleurs, vous avez entendu que Jésus demande à ses disciples pourquoi ces “pensées” surgissent en eux, mais en grec il parle bien de “discussions”. Vous voyez qu’elles ont commencé dès le début !

Les témoignages des évangiles et des lettres pauliniennes sur les apparitions du Ressuscité sont peu nombreux, peu clairs et plus ou moins disparates. D’ailleurs, saint Luc lui-même présente dans son évangile en la seule journée du dimanche de la résurrection les apparitions et l’ascension qui les conclut, tandis que dans les Actes, son livre suivant, il parle de quarante jours de manifestations avant l’ultime disparition.

En somme, nous devons entendre et recevoir tous ces récits comme composant ensemble le seul témoignage véridique possible au sujet de ce qu’il serait impossible de décrire clairement comme une suite d’expériences, tant ces expériences débordaient la capacité ordinaire des disciples de les analyser et de les interpréter.

Ainsi, il s’agit bien du corps de Jésus qui est revenu à la vie, mais transformé de telle manière que le Christ ressuscité n’est plus soumis aux lois de la nature : il les domine souverainement. Ainsi, il peut manger s’il le veut, bien qu’il n’en ait plus besoin pour vivre. Il peut se trouver où il veut, quand il veut, et même en plusieurs endroits à la fois. Il peut se faire voir et toucher, se laisser reconnaître ou non, et disparaître instantanément. Et, évidemment, il n’est plus sujet à la souffrance, au vieillissement ni à la mort.

Fort bien, direz-vous, mais qu’est-ce que cela nous fait ? Cela change tout. Car si notre chair s’inscrit dans la perspective d’une vie qui traverse la mort, nous ne pouvons plus compter sur l’usure du temps et l’oubli des hommes pour cacher nos fautes et nous exonérer de notre responsabilité. En revanche, nous n’avons plus de raisons de douter qu’il vaut la peine d’accomplir toute espèce de bien, car ce qui est bon aura la vie.

Il dépend donc de vous que la résurrection soit une épreuve ou une chance : pour ceux qui font le mal la résurrection sera une épreuve, car ils comptent sur la mort ; mais pour ceux qui agissent bien, la résurrection est une chance dès aujourd’hui, puisqu’ils comptent sur la vie.

La vie chrétienne ne se comprend que dans cette perspective. Aller à la messe tous les dimanches, prier tous les jours, souvent avec d’autres fidèles et seul tout le temps - car on peut prier aussi en dormant, on n’en dort même que mieux ! - écouter la parole de Dieu et s’efforcer toujours de la mettre en pratique jusqu’au renoncement à soi-même à la suite du Christ, tout cela nous transforme, nous “ressuscite” déjà.

En effet, par tous ces actes que l’Esprit Saint nous inspire et dont il nous donne le pouvoir, nous devenons capables d’aimer comme l’homme voudrait aimer, mais il n’y arrive pas ! En particulier, les hommes et les femmes cherchent l’amour qui s’accomplit dans un mariage merveilleux, et parfois ils parviennent assez bien à s’aimer. Mais les époux chrétiens, s’ils sont chrétiens pour de bon, s’aiment mieux, et de loin. Cela se voit et fait envie aux autres qui ont la chance de se trouver sur leur chemin. C’est une chance, en effet que cette envie, car pour en recevoir autant, il suffit de l’accepter !

Ainsi, la foi est une épreuve pour ceux qui ne croient pas, mais une chance pour les fidèles qui la reçoivent avec humilité. Les fidèles, certes, n’échappent pas à l’épreuve de la croix du Christ dans leur vie, car ce n’est que par elle qu’on a part à la résurrection. Mais pour cette épreuve ils reçoivent toute grâce. Et la paix leur est donnée même au cœur de cette épreuve, car ils savent que la vie est une chance qu’ils n’ont pas manqué de saisir en étant saisis par le Christ.

Dans l’espérance de la résurrection, toute épreuve devient une chance d’aimer pour la vie éternelle.

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