Dimanche 7 mai 2006 - Quatrième dimanche de Pâques

Voulez-vous d’un gouvernement d’union nationale ?

Actes 4,8-12 - Psaume 117 - 1 Jean 3,1-2- Jean 10,11-18
mardi 9 mai 2006.
 

Voulez-vous d’un gouvernement d’union nationale ?

En Allemagne, la gauche et la droite se sont entendues et ont formé une grande coalition. Verriez-vous d’un bon œil une solution semblable pour la France ? C’est en tout cas l’idée qu’exposait récemment un député devant l’assemblé des évêques. Mais, à considérer l’ambiance du débat politique actuel, sa réalisation prochaine semble bien peu probable.

Dans notre pays, une telle situation s’est produite deux fois : en 1914, à la veille de la première guerre mondiale, et en 1945, dans les circonstances dramatiques de l’épuration et dans la crainte qu’un nouveau conflit n’intervienne rapidement avec l’URSS. Dans les deux cas, un ennemi extérieur a semblé suffisamment plus redoutable et haïssable que l’adversaire intérieur pour que les deux camps choisissent de faire taire leurs querelles, au moins le temps de surmonter le péril.

Dans ces deux circonstances, le motif de l’accord temporaire était assez noble, puisqu’il s’agissait de défendre la Patrie. Au moins n’était-ce pas une “association de malfaiteurs”, coalisés pour mieux écraser des pays innocents par soif de conquête, comme cela a pu se produire en d’autres lieux ou d’autres temps. Mais, même dans les meilleurs cas, l’union ne se fait que contre un tiers.

Ne pourrait-on pourtant rêver d’une union “pour” ? Faut-il nécessairement que la vie politique se ramène à une polarisation entre deux tendances idéologiques principales opposées dont les tenants s’abreuvent mutuellement de mépris, d’injures et d’accusations indignées ? Ne peut-on échapper à cette dramatique des anathèmes réciproques qui, d’ailleurs, devient souvent le paravent plutôt formel derrière lequel se cache assez mal le jeu des ambitions personnelles en concurrence pour la conquête du pouvoir ?

Au fait, qu’en est-il, de ce point de vue, dans l’Église ? N’est-ce pas exactement la même chose que dans la société, malgré toutes nos déclarations de principe, sur “le pouvoir comme service”, par exemple ? Au-delà du niveau de base d’une famille ou d’une petite communauté, dès qu’on atteint une certaine taille, disons celle d’une paroisse, il semble qu’on ne puisse y échapper : clans et contre clans, factions rivales, lignes pastorales en conflit, chouchous et mal-aimés du curé, et tout ce qu’on peut imaginer.

Certains non seulement clament que telle est la réalité toute crue, mais en plus soutiennent que c’est normal et qu’il faut le reconnaître en adoptant aussi un fonctionnement semblable à celui de la société : représentation démocratique, campagnes et élections, et même, pourquoi pas, grèves et manifestations. Tel serait le seul moyen de régler les tensions et les oppositions qui habitent tout regroupement humain assez important.

Pourtant, Jésus, dans l’Évangile, indique une autre voie lorsqu’il évoque le regroupement décisif de l’histoire universelle, celui d’Israël et des païens dont la séparation représente et signifie toute division dans l’humanité. Pour que “ces autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie” rejoignent les premières en sorte qu’il n’y ait plus “qu’un seul troupeau et qu’un seul berger”, comment va-t-il faire ? Il va “donner sa vie et la reprendre”, mourir et ressusciter, tout simplement.

La réunion des Juifs et des païens dans l’Église, signe et réalité de la réconciliation des hommes avec Dieu, a pour prix la croix du Christ. Voilà l’œuvre et la marque distinctive du bon berger : il donne sa vie pour ses brebis. Et telle est la voie qu’il trace pour le fonctionnement de l’Église fondée par lui : qu’elle soit conduite par des bergers choisis par Dieu qui donnent leur vie pour ses brebis, pour leur unité dans la foi et l’amour.

C’est pourquoi je dis que ceux qui ne croient pas à la possibilité pour l’Église de réaliser son unité autrement que le monde ne croient pas à l’Évangile de Jésus Christ. Autrement dit, ceux qui ne croient pas à l’Église ne croient pas au Christ. Quant à ceux qui prétendent faire une “Église” sans que ce soit par la mise en pratique de la parole de Jésus, ce qu’ils font n’est pas l’Église.

Quel visage présente notre communauté : fait-elle honneur au Seigneur par la communion fraternelle de tous ses membres ? Le pasteur est le premier responsable, et peut-être coupable, de la situation. Mais il n’est pas le seul ! Que chacun s’interroge : baptisé dans la mort du Seigneur, chacun a aussi vocation, pour sa part, à donner sa vie pour la vie du corps. Et c’est la gloire du Christ ressuscité qui se manifeste en nous lorsque nous formons vraiment ensemble une “union pour”, une communauté où les forts et les riches n’ont de cesse de se prodiguer pour ceux qui ont le plus besoin d’eux, où chacun se met lui-même à contribution pour que tous forment un corps heureux de rendre grâce dans la joie de Pâques.

Si vous écoutez l’Évangile, si vous accueillez la parole du Seigneur, vous entendez et vous croyez que la vocation de tous les hommes, dans la diversité des cultures et des nations, est l’unité de l’humanité. Donnez donc votre vie avec le Christ pour l’unité de l’Église car, loin d’imiter le monde en proie aux divisions et aux rivalités, elle doit lui donner l’espérance d’en être délivré en offrant à son regard le visage de l’humanité rassemblée dans l’amour du Pasteur universel, le Christ ressuscité.