Dimanche 14 mai 2006 - Cinquième dimanche de Pâques

Les Français sont perdus, écoeurés et fatalistes

Actes 9,26-31 - Psaume 21 - 1 Jean 3,18-24- Jean 15,1-8
lundi 15 mai 2006.
 

Les Français sont perdus, écoeurés et fatalistes.

Tel est le titre du Parisien en référence à la pauvre actualité de ces dernières semaines. Vraiment, le sont-ils ? Et vous êtes Français, vous ? Mais qui sont les Français ?

Un peuple se définit par une racine commune. Traditionnellement, l’ancêtre éponyme, c’est-à-dire celui dont le peuple porte le nom, est censé l’avoir engendré tout entier : par exemple, le peuple d’Israël descend en principe de Jacob-Israël, le père des douze tribus. C’est pourquoi l’on dit : « Nous sommes du même sang. » Mais les mots ne suffisent pas : la solidarité doit se réaliser en actes, évidemment. En outre, un grand peuple n’est pas sans projet commun, sans un grand projet sur la terre.

Un peuple est perdu quand il ne sait plus qui il est, quand il ne se connaît plus de racine commune. Il est écoeuré quand il demeure incapable de solidarité au-delà des corporatismes et des ligues éphémères d’égoïsmes associés. Il est fataliste quand plus aucun projet ne le porte, quand il ne se propose plus de construire l’avenir, mais seulement de faire durer le passé en attendant de mourir.

Mais vous, vous savez que vous êtes le peuple de Dieu, n’est-ce pas ?

Si vous l’aviez oublié, aujourd’hui est le jour pour se le rappeler. Aujourd’hui Jésus dit : « Je suis la vigne. » Chaque année, et même plusieurs fois par an, vous l’entendez déclarer qu’il est le bon Pasteur ou le Pain de vie. Mais ce passage de l’évangile de Jean sur la vigne ne revient que tous les trois ans dans le cycle liturgique. Il ne faut donc pas manquer cette occasion.

Dans l’Ancien Testament, “la vigne” c’est le peuple de Dieu : « La vigne que tu as prise à l’Égypte, tu la replantes en chassant des nations », rappelle le Psaume 79, et Isaïe : « Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. »

Quand Jésus dit : « Je suis la vraie vigne », il parle du peuple à nouveau créé qui rassemble Juifs et païens, l’Église. En somme, Jésus dit : « Je suis l’Église. » Il est la racine de ce peuple nouveau, et plus que la racine. Il est “la Tête du corps” et le corps tout entier. Le Christ est plus que l’Église, mais toute l’Église est le Christ : l’Église, c’est lui !

Or, l’insistance du propos porte clairement sur le fruit qu’il s’agit de produire : la vie de la vigne, c’est de produire son fruit. La vie est plus que le travail de production, mais ce travail, c’est la vie !

Voilà pourquoi l’Église est ce qu’il y a de plus passionnant au monde. Elle est le creuset purificateur de tous les égoïsmes et le lieu de la sainteté par la mise en pratique du commandement de l’amour. D’ailleurs, le fruit de la vigne est encore la vigne : le résultat du labeur qui est l’œuvre de Dieu est la croissance de l’Église en sainteté de ses membres et en nombre des fidèles. L’Église est merveilleuse en dépit de ses misères, car le Christ s’unit à elle de toute la force de son amour d’époux pour celle qu’il ne cesse de purifier, de sanctifier et de combler des grâces innombrables de l’Esprit Saint.

Nous qui, Français ou pas, aimons la France et ceux qui l’habitent, ne nous laissons pas entraîner dans la tentation du dégoût, puisque nous sommes chrétiens par la grâce de Dieu. Au contraire, soyons l’avant-garde et les éclaireurs d’un chemin de renouveau pour notre nation comme pour le monde entier, par la foi, l’espérance et la charité.

Que pouvons-nous faire de mieux, en effet, pour nos compatriotes à la dérive sinon, d’abord, manifester par notre vie ecclésiale un peuple de Dieu où l’homme n’est plus perdu car, croyant en Jésus, il connaît le Fils de Dieu venu en notre chair comme sa racine et son être le plus profond ? Un peuple de Dieu où les hommes ne sont plus écoeurés, car leur solidarité est la charité, l’amour qui les unit au cœur du même Père. Un peuple de Dieu où l’humanité n’est plus sans projet, résignée à subir ce qui arrive comme une fatalité, car l’Église est son espérance de gloire et d’éternité. En effet, Dieu a voulu faire à tous miséricorde en son Fils bien-aimé qu’il a ressuscité d’entre les morts pour que nous ayons la Vie.