Vendredi Saint 29 mars 2002 - Célébration de la Passion du Seigneur

Si tu savais ce que tu représentes pour moi !

Isaïe 52,13 à 53,12 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 29 mars 2002.
 

Si tu savais ce que tu représentes pour moi !

Lorsque Hector fait ses adieux à Andromaque, au moment d’aller affronter Achille en combat singulier, il se sait promis à une mort presque certaine. Andromaque le sait aussi. Elle sait, de surcroît, qu’Hector ne peut se dérober à ce qui est à la fois son devoir, son honneur et son destin. Alors, avec autant de grandeur que de tendresse, elle retient de tout son cœur celui qu’elle doit pourtant laisser partir.

Tu es pour moi, lui dit-elle, un merveilleux époux, tendre et protecteur, mais aussi un père, un frère, un ami et un amant. Et tu es le père de notre enfant. Mais Hector, malgré son amour et sa peine, ne peut que lui dire en la quittant : au moins je ne serai plus là lorsque l’ennemi mettra la main sur toi, je ne t’entendrai pas quand tu crieras.

Tout le monde n’a pas lu l’Iliade d’Homère. Mais cette œuvre immense, depuis le huitième siècle avant Jésus Christ, a rayonné sur la littérature universelle. Elle dit le tragique de l’existence humaine et sa grandeur dans la vertu en dépit de l’absence de toute espérance ultime.

Mes amis, le sacrifice de Jésus Christ est l’ouverture d’une telle espérance pour l’humanité tout entière, dans la muraille des ténèbres et de la mort où elle était enfermée.

Ceux qui avaient suivi Jésus avant sa mort, instruits des promesses faites par Dieu, le Dieu tout puissant de l’univers, à Israël son peuple, avaient pressenti qu’il était celui qu’on attendait pour qu’elles soient accomplies. Mais ils n’avaient pas compris que cet accomplissement devait être dans la Passion et la mort du Serviteur souffrant.

Mais, ressuscité, il constitua ses Apôtres témoins pour la Terre entière de la bonne nouvelle de la Rédemption. Et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui : le salut universel par la grâce du sacrifice de Jésus Christ.

Comment donc le fait que celui-ci soit mort sur la croix peut-il me sauver, moi aujourd’hui ? Cette question ne cesse de resurgir avec brutalité pour nous chaque fois que nous énonçons un tel mystère. Or, nous qui avons été baptisés dans la mort du Seigneur, nous devons être nous-mêmes la réponse.

Seul celui qui vit son baptême dans la prière et dans la foi accueille la grâce du salut. Mais alors il l’accueille dans tous les aspects de sa vie. Le Christ mort et ressuscité devient pour lui le Seigneur et l’Ami, un frère et un maître, un modèle et un consolateur, le compagnon de toutes ses heures de lumière ou d’épreuve, le bien véritable plus précieux que tout au monde.

Seigneur, donne-nous maintenant de voir dans ta croix et de sentir en notre vie, tout ce que tu représentes pour nous et pour le monde.