Dimanche 21 mai 2006 - Sixième dimanche de Pâques - Première Communion

Un bon contact, ça change tout

Actes 10,25-48 - Psaume 97 - 1 Jean 4,7-10- Jean 15,9-17
dimanche 21 mai 2006.
 

Un bon contact, ça change tout.

Sur mon ordinateur, j’ai dû installer une carte “aéroport extrême” (je traduis) pour pouvoir me connecter à l’Internet haut débit en Wi Fi (là, je ne traduis pas, mais, en gros, ça veut dire sans fil). J’ouvre, j’insère “l’Airport”, je branche l’antenne, je referme, j’allume et... croyez-vous que ça marche ? Apparemment oui : l’ordinateur “voit” la borne émettrice, il connaît même son petit nom. Quelle émotion ! Sauf que, quand j’essaie de m’en servir, cela ne donne pratiquement rien : la liaison est bien trop faible.

Je me dis que j’ai peut-être mal branché l’antenne interne sur la carte. J’ouvre, je vérifie, je referme, je rallume et... rien n’a changé. Renseignements pris, il apparaît que là est pourtant bien le problème : il faut soigneusement enficher la cosse de l’antenne dans la carte. Muni des schémas “insertion correcte” et “insertion défectueuse”, je rouvre, je vérifie consciencieusement que ce que je vois est conforme au bon schéma, je referme, je rallume et... je constate que ça n’a guère progressé.

Je reprends des renseignements et, cette fois, j’obtiens un tuyau de quelqu’un qui n’a pas seulement lu les notices, mais qui a pratiqué sérieusement lui-même : il faut, dit-il, appuyer plus fortement qu’on ne pourrait imaginer devoir le faire. Je rouvre, je saisis fermement la carte et la cosse, et je serre aussi fort que je peux, progressivement quand même et avec précautions. Je remets tout en place, je referme, je rallume et... Merveille, un nouveau monde de communication s’ouvre devant moi !

Je n’en revenais pas de l’efficacité soudainement démultipliée que je découvrais avec enchantement, bien sûr, mais plus encore de la manière dont j’avais fini par l’obtenir. La communication par ordinateurs, ce sont des électrons, des octets, des ondes, presque rien que de l’immatériel et du pur mental. Or, toute l’efficacité de l’affaire supposait qu’on appuie sur quelque chose de plus en plus fort, avec conviction et persévérance.

Eh bien, la communion, c’est pareil.

Puisque c’est Dieu qu’il faut approcher, on pense volontiers que, s’agissant d’un Pur Esprit, une démarche mentale est tout ce qu’il faut : où je veux, je peux me concentrer et percevoir l’Être qui est partout, par définition. Pas besoin pour cela d’aucun fil, et surtout pas du fil à la patte qu’on appelle l’Église. Quelle erreur ! Sans effort et sans persévérance, tout ce que vous obtiendrez au mieux, c’est une idée vague avec un nom dessus, mais rien qui puisse servir à quelque chose.

Par exemple, vous étiez à la messe dimanche dernier ? Pas tous, il me semble. En tout cas, je ne me rappelle pas vous avoir tous vus ici ! Eh bien c’est dommage. Car vous auriez entendu Jésus dire « Je suis la vigne » dans le passage qui précède immédiatement notre évangile d’aujourd’hui. Or, Jésus fait comme moi : il parle d’abord en images, ensuite il explique. Bon, d’accord, c’est plutôt moi qui essaie de faire un peu comme lui. En tout cas, l’image de la vigne illustre la parole d’aujourd’hui : « Demeurez en moi. » Et la parole d’aujourd’hui explique l’image de la vigne.

Comment devenir un sarment sur la vigne sinon par une sorte de greffe ? Or, même si vous ne connaissez pas aussi bien l’agriculture que les ordinateurs, vous savez que, greffer, c’est appliquer blessure sur blessure. Pour cela, Jésus est prêt, lui. Il s’est laissé percer les mains et les pieds, il s’est laissé ouvrir le côté sur la croix afin qu’il en sorte du sang et de l’eau. Et, ressuscité, il a montré ses plaies à Thomas, pour qu’il croie.

Et vous voudriez que, pour vous, tout se passe au prix de deux chansons et trois dragées ? Ce n’est pas sérieux. Sans persévérance ni régularité, sans efforts ni sacrifices, nul ne peut connaître la communion qui est en Jésus Christ mort pour nous, ressuscité pour que nous ayons la vie.

C’est très physique, la croix. La résurrection aussi. Et l’Église, pas moins ! Or, quand Jésus dit : « Je suis la vraie vigne », cela signifie : « L’Église, c’est moi. » Demeurer en Jésus, c’est, concrètement, vivre en membre actif de l’Église. Et vous croyez que cela pourrait se réduire à quelques visites parcimonieuses, vouées plus aux potins familiaux qu’à la rencontre du Christ dans l’écoute de sa parole et la prière d’action de grâce ?

Allons, vous savez pourtant que même la famille naturelle est une affaire de chair et de sang, une histoire de contacts répétés et pressants, parfois durs, parfois blessants, toujours transformants. Le rêve des amants qui se noient et se pâment dans une contemplation mutuelle éperdue, cela ne fait pas des enfants qu’on éduque ensemble, une famille qui se construit dans la durée et s’élève au milieu des hommes comme une belle maison rayonnant alentour en exemple de vie. Et vous pensez que pour l’Église, qui est la famille de Dieu, il pourrait en aller autrement ? L’amour de Dieu qui doit nous unir n’est pas une amourette de pacotille, mais un feu dévorant, un torrent de vie qui transforme le monde par ceux qui croient en lui de tout leur cœur et de toutes leurs forces.

Mes enfants, vous qui êtes venus ici ce matin communier pour la première fois, quel malheur si ce n’était qu’un pauvre contact sans lendemain ! Ce serait pour rien, cela ne porterait pas de fruit.

Alors, attachez-vous bien physiquement à l’Église où vous êtes accueillis aujourd’hui, afin de demeurer dans le Christ qui vient faire sa demeure en vous pour un fruit de vie éternelle.