Jeudi 25 mai 2006 - L’Ascension du Seigneur

Vous avez perdu votre bague de fiançailles ?

Actes 1,1-11 - Psaume 46 - Éphésiens 4,1-16 - Marc 16,15-20
jeudi 25 mai 2006.
 

Fiançailles rompues, bague rendue ? Bijou volé, égaré, trop bien caché ? Laissé au clou un jour de dèche, vendu pour mieux oublier le passé et sa peine, et tuer sa douleur ?

Pourtant, que c’est beau ce joyau donné en gage d’une promesse de bonheur.

Mais le bonheur est fragile.

Quand après des années l’époux est arraché, même si c’est dans les souffrances, voudrait-on les abréger ? Tant qu’il est là, il donne tant. Les mots qu’il dit encore sont si forts. Il transmet ses biens et ses souvenirs comme d’ultimes bénédictions. Et, à la fin, il laisse toujours en gage son corps.

Jésus, lui, n’a pas laissé son corps. Il l’a emporté dans les cieux, à la droite de Dieu, c’est ce que nous fêtons en ce jour de l’Ascension. Il est mort dans les souffrances et ce fut un arrachement trop bref en l’espace d’un jour, et terriblement long. La veille de sa Passion, il a laissé à ses amis des paroles en abondance, comme autant de bénédictions, que nous entendons au fil de ces dimanches de Pâques dans l’évangile de Jean. Mais au matin du troisième jour, le tombeau était vide.

Il n’a pas laissé son corps, mais une abondance de dons que vous avez entendu saint Paul énumérer dans la lettre aux Éphésiens, du moins les premiers : les Apôtres, les prophètes et missionnaires de l’Évangile, les pasteurs et ceux qui enseignent. La finale de l’évangile de Marc évoque également les apparitions du Ressuscité et “les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants”. Tous ces dons, et la multitude de ceux qui complèteraient une liste exhaustive impossible à faire, relèvent du don unique et magnifique de l’Esprit Saint.

L’Esprit Saint est le gage laissé par Jésus quand il promet aux siens le bonheur de sa venue dans la gloire. Il est comme l’anneau offert à la bien-aimée par l’époux enlevé, en signe sûr et efficace de sa fidélité jusqu’au jour de son retour. Il brille de feux plus mystérieux que ceux des pierres que les hommes peuvent vendre et tailler, mais qui n’émerveillent que les regards éclairés par la foi ou les cœurs purifiés par la pauvreté.

Ces joyaux plus précieux que les gemmes, ce sont les mille manières que nous avons de nous aimer en mémoire de lui comme il nous a dit de le faire, et d’accomplir son œuvre de salut pour le monde aujourd’hui, par la prédication de l’Évangile et la délivrance des hommes qui habitaient les ténèbres et l’ombre de la mort. Ce sont toutes les beautés du Corps qui poursuit sa croissance vers la plénitude de la stature du Christ, l’Église.

Mais l’Église, notre Église, serait-elle déchue au point que les hommes ne puissent plus y reconnaître le corps du Christ, réalisé par l’Esprit Saint, offert pour leur salut et leur bonheur éternel ? Aurait-elle perdu ou jeté sa bague de fiançailles ?

Quelle peine le Seigneur lui aurait-il faite pour qu’elle veuille l’oublier et tuer sa douleur ? À quel prix aurait-elle vendu l’anneau, ou qui l’aurait pris en gage à sa place ? Quelle peur le lui ferait cacher, par quelle négligence l’aurait-elle égaré, ou quel pouvoir aurait pu le lui dérober ? Pourrait-elle avoir rompu avec Jésus, elle pour qui il a donné sa vie ?

Mais l’amour du Christ est plus fort que les portes de la mort. Accueillons-le dans la foi, croyons à l’Esprit Saint dans l’Église en communiant au corps et au sang de l’Agneau, jusqu’au jour des Noces éternelles.