Dimanche 4 juin 2006 - Pentecôte

Ah, ça fait du bien !

Actes 2,1-11 - Psaume 103 - Galates 5,16-25 - Jean 15,26-27 ; 16,12-15
dimanche 4 juin 2006.
 

Ah, ça fait du bien ! Quoi ?

Le soleil qui revient enfin ? Un plongeon dans l’eau fraîche au soleil ? Le verre d’eau tendu par une main amie ? Une main amie qui se tend au bon moment ?... Du bienfait physique on passe au contact de l’autre qui vous veut du bien.

Ainsi l’Esprit Saint est le tout autre qui nous veut du bien, et qui nous en fait de toutes les façons. Ses bienfaits sont innombrables, c’est pourquoi l’on dit “les sept dons du Saint Esprit”. Sept, en effet, est le chiffre symbolique de l’innombrable. L’Esprit est la vraie panacée. “Panacée” vient du grec et signifie littéralement “remède universel”. Donc “panacée universelle” est un pléonasme. Mais un pléonasme n’est pas un gros péché.

De toute façon, l’Esprit est donné pour le pardon de tous les péchés. C’est tellement primordial que, dans les évangiles, quand Jésus donne l’Esprit Saint à ses Apôtres il précise presque toujours qu’ainsi ils pourront remettre les péchés. Pourtant, dans la liste des sept dons du Saint Esprit, il n’y a ni celui du pardon ni celui de pardonner. Étonnant, non ?

D’ailleurs, la plupart des dons que nous attendrions n’y sont pas non plus, en particulier tous ceux que vous avez entendu égrener par saint Paul dans la lettre au Galate, et que l’on appelle “les fruits de l’Esprit” : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi.

Au fait, la connaissez-vous, cette fameuse liste des “dons de l’Esprit” ? Pas par cœur, peut-être ? Elle se réfère à une prophétie du livre d’Isaïe qui annonce le Roi Messie à venir, le fils de David que Dieu donnera à son peuple pour le conduire selon son cœur. Les dons en question sont donc précisément ceux que nécessite le métier de gouverner. Pour plus de détail, n’hésitez pas à lire l’éditorial, mais tout à l’heure, pas tout de suite.

À qui sont-ils donc nécessaires aujourd’hui, ces “sept dons” ? Au pape, bien sûr, et à tous les évêques. Plus généralement à ceux qui sont pasteurs dans le peuple de Dieu. Mais cela ne semble pas concerner directement la multitude des fidèles, n’est-ce pas ? Et pourtant si. Car, par le baptême, le corps tout entier reçoit le sacerdoce royal. Tout à l’heure, je vais faire l’onction du saint-chrême (qui représente celle de l’Esprit Saint) sur Maude et sur Marie en leur disant que Dieu lui-même les marque ainsi “afin qu’elles demeurent éternellement les membres de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi.”

Comme Jésus a été conçu du Saint Esprit dans le sein de la Vierge Marie, de même c’est par la puissance de l’Esprit que ces enfants vont renaître d’En Haut et devenir enfants de Dieu dans son Fils. Ainsi l’Esprit Saint crée le corps du Christ qui est l’Église. Et ce corps est pourvu par lui de tous les dons nécessaires pour accomplir la mission qui devient la sienne parce qu’elle est celle du Christ et que le Christ la lui confie, comme lui-même l’a reçue de son Père.

C’est pourquoi le don des dons de l’Esprit Saint est l’unité. Si nous sommes unis “dans la communion de l’Esprit Saint”, alors les dons de chacun sont pour le bien de tous et servent à la mission du Corps. Si nous sommes désunis, les dons les meilleurs deviennent objet d’envie et de rivalité, et le corps s’exténue jusqu’à devenir incapable de rien de bon.

L’Esprit Saint fait l’Église, et il la fait bien, c’est là l’œuvre de la Pentecôte. À tel point que si vous ne connaissez pas le bienfait de l’Église, vous ignorez l’Esprit Saint, quoi que vous en disiez. Tandis que si vous aimez l’Église, vous connaissez l’Esprit Saint, même si vous ne le savez pas.

Il faut dire que le monde résiste à l’Esprit Saint, dans la mesure où il demeure soumis au Mauvais dont le Christ est venu nous délivrer. C’est ce que signifient “les tendances de la chair” nommées sans complaisance par saint Paul dans le même passage de la lettre aux Galates que nous avons entendu. “La chair”, ici, c’est notre humanité marquée par le péché. Et nous sommes traversés en nous-mêmes par l’affrontement de “la chair” que nous avons en commun avec tous les hommes, et de l’Esprit Saint qui nous est donné par la grâce du sacrifice de Jésus.

D’ailleurs, le passage d’évangile que vous avez entendu est composé des deux versets de la fin du chapitre 15 et des versets 12 à 15 du chapitre 16. Or, entre les deux, Jésus parle précisément des difficultés et des persécutions que les disciples ne manqueront pas de rencontrer, ce qui justifie le nom de “Défenseur” pour l’Esprit Saint : après son départ, Jésus leur enverra “un autre Défenseur”.

La croix du Christ est notre salut, et c’est aussi un exemple qu’il nous laisse, celui d’aimer amis et ennemis jusqu’au don de sa vie. Sans l’Esprit Saint, nous en sommes tout à fait incapables.

Mais quand nous l’accueillons, l’Église est le Christ Roi aujourd’hui qui fait du bien au monde.

Texte des lectures : Cliquez ici