Dimanche 18 juin 2006 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Pour vous, c’est une histoire vraie ?

Exode 24,3-8 - Psaume 115 - Hébreux 9,11-15 - Marc 14,12-16.22-26
dimanche 18 juin 2006.
 

Ces bonnes histoires qu’on raconte à table pour épater le monde, on les donne pour vraies, bien sûr, pour mieux faire passer le frisson et exciter l’imagination. Quand même, on a du mal à y croire tellement cela paraît inventé exprès. Certains diront qu’après tout peu importe si ce n’est pas vrai, pourvu que ce soit bien trouvé et bien raconté. Or, justement, cela importe puisque l’histoire fait plus d’effet quand on la pense vraie.

Et la Bible, tout ce que vous entendez lire à la messe et le reste, pour vous ce sont des histoires vraies ? Il y en a de fortes, quand même : le passage de la mer Rouge, les remparts de Jéricho renversés à coups de trompettes, Josué qui arrête le soleil pour mieux finir d’écraser ses ennemis, et bien d’autres. On hésite à les prendre pour argent comptant, d’autant plus que le texte biblique lui-même présente parfois le même événement dans des versions diverses, dont certaines sont plus vraisemblables que les autres : c’est le cas en particulier pour le récit du passage de la Mer.

Nous devons comprendre que, parmi ces éléments de l’Écriture, certains sont directement historiques, d’autres plutôt symboliques, métaphoriques ou paraboliques. Ainsi, dans l’évangile que nous venons d’entendre, que faut-il penser de certains détails quand on sait que les hommes ne portaient jamais de cruche, mais seulement les femmes, et que l’affluence était telle à Jérusalem pour la fête de la Pâque que les bonnes places pour partager le repas rituel en famille étaient rares et chères. D’ailleurs, le dernier repas de Jésus fut-il vraiment à proprement parler celui de la Pâque ? On peut en douter, d’autant plus que l’évangile selon saint Jean, en contradiction avec les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), le situe le jour précédent.

Pourtant ces détails, qu’il ne faut peut-être pas considérer comme historiques au premier degré, le sont sûrement en un sens plus décisif. L’homme à la cruche signifie Jean-Baptiste et le baptême d’eau que Jésus reçut de ses mains, annonçant son véritable baptême dans la mort de la croix. Or, le Seigneur a véritablement souffert, et il est véritablement mort pour les pécheurs. De même, la salle haute toute préparée pour un repas signifie la résurrection et l’ascension du Seigneur par la puissance de l’Esprit Saint et la volonté du Père. En effet, Jésus est véritablement ressuscité et il est monté aux cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu.

C’est pourquoi, si nous l’entendons bien, nous comprenons que la Bible tout entière est historique au suprême degré. Ces textes que nous écoutons tranquillement rendent témoignage à un peuple de chair et de sang qui a vécu véritablement l’aventure de l’Alliance : ils pèsent tout leur poids de peine et de joie, de souffrance et de conversion, de mort et de vie, sur un chemin de fidélité souvent brisé et enténébré mais conduisant sûrement, au fil de découvertes progressives, jusqu’à son accomplissement dans la personne du Messie et dans sa Pâque qui rassemble tout en lui.

Ce qu’il nous partage aujourd’hui sous les espèces du pain et du vin, c’est véritablement son corps et son sang en nourriture de vie éternelle. Mais n’allons pas penser que nous croirons mieux cette présence réelle si nous oublions le pain et le vin. Car ces espèces sont un signe nécessaire pour recevoir vraiment le sacrement. Le pain signifie toute cette vie de travail, de besoins et de désirs, fragile et fugitive, qui est la nôtre et que la Providence bénit. Et le vin, ces jours au cours si rapide, avec leur alternance étourdissante de bonheur et de malheur, qui sont le lot de l’homme.

Ainsi, ne pensez pas que l’on puisse croire véritablement au Saint Sacrement du corps et du sang du Christ simplement d’une réflexion tranquille ou d’un acquiescement abstrait et sans conséquences. Cette histoire du Seigneur ne peut être vraie pour vous sans la participation de votre corps aujourd’hui, et jusqu’à verser votre sang s’il le faut. Elle est vraie en soi, que vous y croyiez ou que vous n’y croyiez pas. Mais elle n’est vraie pour vous que si vous la vivez à sa suite en mémoire de lui.

Laissons-nous unir en un seul corps brûlant de charité en actes dans la foi au Seigneur qui a vraiment donné sa vie pour la multitude, afin que le monde croie à l’histoire de son salut.