Dimanche 25 juin 2006 - Douzième dimanche - Baptême de Martin et Hugo

Mille milliards de mégawatts !

Job 38,1-11 - Psaume 106 - 2 Corinthiens 5,14-17 - Marc 4,35-41
dimanche 25 juin 2006.
 

Enfin, je ne garantis pas l’exactitude du nombre, à quelques puissances de dix près, mais en tout cas la tempête ou l’orage développent une énorme puissance.

D’où vient que nous puissions contempler ce déchaînement avec plaisir ? Justement de la puissance brute qui s’y manifeste dans une sorte d’innocence originelle, et qui nous renvoie l’image de notre âme chargée de passions tumultueuses. Cette contemplation nous apaise, même lorsqu’elle nous inspire de la crainte. C’est pourquoi Dieu répond à Job “du milieu de la tempête”.

Le passage que nous avons entendu omet la première partie de la réponse : Dieu y évoque d’abord la création de la terre comme une belle construction saluée par les hourras des fils de Dieu, par l’ovation debout des anges. Ensuite vient l’évocation de la mer, vous l’avez entendu. Et là, l’événement n’est pas une construction, mais une mise au monde, une naissance : la mer “jaillit du sein de l’abîme”. Le mot hébreu traduit par “sein”, rèchem, désigne d’abord la matrice, le ventre maternel, puis les entrailles en général. L’image de l’accouchement est renforcée par la mention des langes de nuées et de nuages dont Dieu enveloppe l’Océan nouveau-né.

Mais aussitôt le ton change : voilà soudain des verrous opposés à l’orgueil ! En un éclair, l’image tendre et fragile du nourrisson fait place à la figure inquiétante d’une force menaçante qu’il faut contenir. Le bébé est devenu instantanément un sauvageon fort comme un turc, et animé d’assez mauvaises intentions pour qu’on doive s’en protéger fermement.

La mer symbolise ici d’abord la puissance vitale de la création en son origine, puissance qui n’est autre que l’émanation de celle de Dieu, et ensuite cette même puissance devenue rebelle à son Créateur lorsqu’elle est tombée au pouvoir du mal. Au sommet de cette création, l’homme est suprêmement à la fois puissant à l’image de Dieu, et marqué par la défiance envers Dieu qui vient du Mauvais et qui conduit à toutes les peurs et toutes les haines, toutes les agressions et toutes les autodestructions. Et quand je dis l’homme, je dis évidemment aussi la femme, qui n’est certes pas le moindre des hommes quant à cette puissance primordiale reçue de Dieu le Père.

Or, Dieu ne veut pas détruire sa créature révoltée, mais la guérir. Pour cela, il doit d’abord la contenir, “imposer des limites au mal” comme disait le défunt pape Jean-Paul II. Pour délivrer du Mauvais la puissance vitale qu’il a créée par amour, Dieu doit d’abord, en quelque sorte, supporter dans une certaine mesure le mal dont souffre sa création bien-aimée. Mais son amour, en revanche, est sans limites. C’est ce qui se manifeste dans la croix du Christ, le Fils de Dieu qui a subi la mort des pécheurs pour nous libérer du péché. Voilà ce que signifie l’épisode de la tempête apaisée.

Jésus est lui-même tout-puissant, puisque le Père lui remet tout. Bien que voilée dans son humanité, sa divinité se révèle dans des actes qui manifestent évidemment un pouvoir souverain qui n’appartient qu’à Dieu, comme celui de commander aux forces primordiales de la création représentées par le vent et la mer. Et pourtant, il s’est laissé réduire à l’impuissance, et même à l’impuissance de la mort, comme le symbolise le fait qu’il dorme à l’arrière sur le coussin du pilote.

La croix du Christ peut sembler aux hommes le comble de l’abandon de la création au pouvoir de l’Ennemi qui se déchaîne. Aussi les disciples se plaignent : cela ne te fait rien que nous périssions ? Or, par cette mort même librement consentie, le Fils de Dieu agit avec puissance contre le Mauvais et remporte sur lui la victoire définitive. Et “ça lui fait” tellement qu’il en meurt.

Le baptême est la plongée dans cette mort du Seigneur où nous trouvons la nouvelle naissance. Les eaux baptismales sont à la fois l’Océan primordial de la vie donnée par celui qui est le Vivant, et le gouffre au fond duquel le Christ est descendu pour détruire jusqu’à la racine le mal qui l’avait pervertie. La puissance de sa résurrection se manifeste en nous lorsque nous vivons selon la foi de notre baptême, non plus centrés sur nous-mêmes, mais sur lui qui est mort pour nous. Voilà pourquoi nous sommes dans la joie de le célébrer pour Martin et Hugo ce matin.

Saluons donc ces merveilles du Seigneur de mille milliards de méga amen alléluia, et peu importe l’exactitude du nombre pourvu que le cœur y soit !

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