Dimanche 2 juillet 2006 - Treizième dimanche - Baptême d’un bébé, une toute petite fille, Louise

Boire et manger, se marier, vivre et puis mourir, tout est prévu dans la nature

Sagesse1,13-15.2,23-24 - Psaume 29 - 2 Corinthiens 8,7.9.13-15 - Marc 5,21-43
dimanche 2 juillet 2006.
 

Boire et manger, se marier, vivre et puis mourir, tout est prévu dans la nature. Oui, même la mort est inscrite dans le programme de notre vie, en chacune de nos cellules. Les savants nomment ce phénomène “l’apoptose” (un mot forgé à partir du grec comme ils les aiment), littéralement “la chute de” : piptô, tomber, donne ptôse, chute, et apo indique la provenance. Par exemple, les feuilles tombent de l’arbre pour qu’il puisse supporter le froid de la mauvaise saison : il s’allège et “fait le mort” tant que le gel peut sévir. La chute de son feuillage est nécessaire à l’arbre pour passer l’hiver et reverdir au printemps.

Mais nous, nous ne sommes pas des arbres, direz-vous. Sans doute, pourtant, la loi de la mort programmée vaut pour nous, et cela d’autant plus que nous sommes sexués. La nature a choisi pour l’humanité la stratégie de la sexualité : le principe de la loterie des chromosomes où chaque individu nouveau réalise une configuration génétique inédite. Cette formule infiniment créative permet l’adaptation de l’espèce dans un environnement changeant, sa survie en situation hostile et son développement aux temps favorables.

Or, le corollaire inévitable de la sexualité, c’est la mort. Le principe de l’évolution efficace de l’espèce par la création continuelle de nouveauté génétique implique que les générations précédentes fassent place aux suivantes, comme l’explique l’anthropologue Jacques Ruffié dans “Le sexe et la mort”. En somme, notre humanité n’est pas viable sans la mort. Mais alors, comment le Livre de la Sagesse peut-il affirmer que Dieu n’a pas fait la mort et qu’elle est entrée dans le monde par la jalousie du démon ? En tout cas, lorsque la mort prend le visage de la maladie qui frappe, tourmente, défigure et détruit l’homme en pleine vie, qui ne voit qu’elle est mauvaise ?

C’est pourquoi Jésus, dans sa bonté divine, relève cette vie qui était tombée mortellement malade. Nous le voyons, dans l’évangile d’aujourd’hui, porter secours à deux femmes : celle qui avait des pertes de sang depuis douze ans et la petite fille mourante qui, ressuscitée, se révèle avoir douze ans. Celle qui ne pouvait enfanter et demeurait tout le temps impure, et celle qui, au moment de pouvoir donner la vie, la perdait.

Ces deux femmes, il me semble, représentent l’humanité. L’état de celle du milieu correspond à la situation que nous connaissons, avec ses souffrances et ses misères, et les échecs de la vie blessée dans ce qu’elle a de meilleur et de plus beau, notamment la capacité de la femme à donner la vie. La petite fille au début signifie l’état originaire de notre humanité que nous ne pouvons même plus imaginer : lorsque nous étions beaux et saints à l’image du Dieu qui nous avait créés homme et femme par amour, alors que le péché n’était pas encore entré dans le monde. Quant à la création que nous connaissons, elle est telle que le péché l’a marquée, et donc traversée par la mort. Mais la jeune fille ressuscitée à la fin annonce l’humanité nouvelle recréée dans la Pâque du Christ pour une vie qui ne connaîtra plus la mort.

C’est ce que dit saint Paul : « Jésus Christ qui est riche est devenu pauvre à cause de vous pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » La guérison de la femme qui perdait son sang est obtenue au prix d’une force qui sort de Jésus : il s’agit de la croix où le Christ a perdu la vie pour que, dans sa mort, nous soyons libérés de la mort. Et l’on se moquait de lui. Mais Dieu l’a ressuscité. Si nous croyons en lui de tout notre cœur et de toute notre espérance comme la femme de l’évangile, comme elle nous sommes sauvés par notre foi. Tel est le mystère de notre baptême.

Notre vie était tombée de Dieu, le Vivant, de qui nous tenions le mouvement et l’être. De cette chute il nous a relevés par son Fils. Il est impressionnant de noter que le nom du père de la petite fille, Jaïre, signifie en hébreu “Le Seigneur rayonne”. Autrement dit, cet homme évoque le visage du Père tout puissant de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre, lui qui a créé notre humanité comme une petite fille très chérie, et qui l’a vue “à toute extrémité”. Et il a demandé à son Fils de la sauver au prix de sa propre vie. Et ainsi nous devenons ses propres enfants dans son propre Fils, nous sommes divinisés !

Voilà ce qu’il fait pour nous : il relève notre existence et la retourne pour qu’elle marche debout et dans le bon sens sous le regard de Dieu. Revenue à la vie, la jeune fille “marchait”, et Jésus dit de lui donner à manger. L’homme programmé pour boire et manger, se marier, vivre et puis mourir rencontre le Christ pour rebrousser chemin avec lui vers son origine et vers son avenir. La feuille tombée de l’arbre n’y retourne pas. Mais nous, nous avons reçu pouvoir sur l’Arbre de vie pour que notre humanité revienne de la mort.

Par le baptême, nous mourons au péché pour renaître et vivre dans l’Esprit, entrer dans l’alliance nuptiale de l’Église avec le Christ, manger et boire son corps et son sang afin de vivre ensemble dans son Amour à jamais.

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