Dimanche 9 juillet 2006 - Quatorzième dimanche

« Non, non et non, je ne veux pas ! »

Ézéchiel 2,2-5 - Psaume 122 - 2 Corinthiens 12,7-10 - Marc 6,1-6
lundi 10 juillet 2006.
 

« Non, non et non, je ne veux pas ! » Fort caractère ! Mais, en fait, tu ne veux pas, ou bien tu veux ne pas ?

Il y a une différence entre ne pas vouloir une chose et la refuser. Par exemple, si pour traiter efficacement la grave maladie dont je suis atteint on me prescrit une série de piqûres douloureuses, que ferai-je ? Je ne veux pas être piqué et souffrir, mais je ne le refuse pas parce que je veux guérir. Il serait déraisonnable de ma part de vouloir ne pas être piqué. Mais je ne suis pas masochiste, je ne veux pas être piqué, ce que je veux, c’est guérir. Alors je tolère d’être piqué, bien que je ne le veuille pas. Si vous comprenez la différence, vous avez l’âge de raison. Vous comprenez ?

Les enfants passent par le stade du non : ils découvrent avec ivresse la possibilité de s’opposer. Mais quand ils grandissent, ils apprennent à accepter l’autorité de leurs parents, parce qu’ils savent profondément qu’elle est bonne, même quand elle ne leur plaît pas. C’est pourquoi les grands obéissent mieux que les petits. Sauf les rebelles.

Le rebelle veut ne pas obéir. Il arrive qu’une autorité soit illégitime et injuste, la rébellion est alors justifiée et même parfois nécessaire. Mais, bien souvent, c’est seulement un enfantillage, ou les effets d’une idéologie libertaire à la mode.

Engeance de rebelles ! Voilà comme est qualifié le peuple de Dieu dans la bouche d’Ézéchiel. Et Jésus en fait aussi l’expérience à la synagogue de son pays : les gens de chez lui, autant dire les enfants du pays de Dieu, refusent de recevoir son autorité, alors même qu’ils la reconnaissent implicitement puisqu’ils parlent de la sagesse “qui lui a été donnée” et des grands miracles “qui s’accomplissent par ses mains”. Il s’agit ici du passif divin, c’est-à-dire que le Seigneur Dieu d’Israël est sous-entendu comme véritable agent de l’action considérée. Autrement dit, les gens reconnaissent que Dieu agit par, et en Jésus, et cela ne les empêche pas de s’opposer à lui. Au contraire, nous devons comprendre que c’est pour cela même qu’ils s’opposent à lui : ce n’est pas Jésus qu’ils rejettent, c’est Dieu lui-même ! Telle est en effet l’attitude du peuple “depuis le début”, comme ne cessent de le rappeler les prophètes.

Voilà qui est étonnant : ce peuple qui connaît Dieu depuis plus d’un millénaire n’est plus dans l’enfance de son élection, mais il est toujours aussi rebelle, incurablement semble-t-il. Jésus lui-même “s’en étonne”, nous dit l’évangile d’aujourd’hui. Mais il ne condamne pas durement son peuple pour autant. Au contraire, sur la croix où le conduira le refus des siens, il priera : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Peut-on voir dans cette prière autre chose qu’une indulgence excessive ? Puisqu’ils rejettent le Messie de Dieu en connaissance de cause, ne savent-ils pas ce qu’ils font ? En réalité, ils sont les représentants par excellence de cette humanité tout entière qui ne peut plus accepter Dieu depuis qu’elle est tombée au pouvoir de l’Ennemi en se laissant séduire par le péché. C’est “le mystère du mal” dont parle saint Paul, l’énigme la plus profonde et la plus sombre du monde. Donc, le refus qu’ils manifestent n’est pas tant le leur que celui du Démon, menteur depuis l’origine, et qui leur colle à la peau comme une maladie incurable. Mais ce qui est impossible à l’homme ne l’est pas pour Dieu : justement Jésus les guérit par sa mort sur la croix, eux et la multitude des hommes.

Sans cette guérison, l’homme ne peut vouloir ce que Dieu veut. Comme le dit encore saint Paul, “la chair ne peut absolument pas se soumettre à l’Esprit”. D’ailleurs, Jésus lui-même, dans son humanité, qu’il a reçue de nous en son état déchu, ne peut pas non plus vouloir ce que Dieu veut. Mais, comme il est sans péché, il ne veut pas ne pas obéir à Dieu, au contraire. Donc sa volonté humaine, quoi qu’elle veuille par ailleurs comme ne pas souffrir ou ne pas mourir, veut par-dessus tout vouloir ce que veut Dieu. Pour cela il ne cesse de prier, et il ne cesse d’être exaucé. C’est ainsi qu’il est donné par grâce à sa volonté humaine de vouloir toujours ce que veut sa volonté divine, comme nous le voyons dans l’épisode du Mont des Oliviers, lorsque à la veille de sa passion il a prié avec grands cris et larmes pour discerner et accomplir la volonté du Père.

Si le propre Fils de Dieu dans sa condition humaine ne se soumet à Dieu que par prière ardente et humble obéissance, comment pourrions-nous prétendre le faire avec assurance et de notre propre chef ? Aussi, le contraire du “Non, non et non” de la rébellion humaine contre le Créateur n’est-il pas un “Oui, oui et oui” orgueilleux et triomphant, mais un humble Amen reconnaissant. Telle est aussi la leçon que nous apprenons de l’Apôtre : la grâce de Dieu est à l’œuvre en lui, alors même qu’il n’est pas délivré de l’écharde dans sa chair et des gifles de l’envoyé de Satan. Parce que je me crois fort quand je me rebelle contre Dieu, je dois me reconnaître faible pour être délivré du péché en me soumettant à lui : lorsque je suis faible, alors je peux être rendu fort !

Reconnaissons donc, en prononçant le triple oui de la confession de foi du baptême, que nous recevons cette foi de l’Église par pure grâce du Fils de Dieu Sauveur, et célébrons l’Eucharistie dans l’Amen de l’Esprit et la simplicité des enfants de Dieu.

Et sachons nous soumettre à Dieu pour résister au Démon par la puissance de Jésus Christ vainqueur de toute tentation. Sans lui nous ne pouvons rien faire, mais avec lui nous dirons “non, non et non” à l’Adversaire, jusqu’au jour où nous ne serons tous plus qu’un seul Amen au Père dans le Fils de Dieu.