Dimanche 16 juillet 2006 - Quinzième dimanche

Vous avez reçu le faire-part ? Et l’invitation ?

Amos 7,12-15 - Psaume 84 - Éphésiens 1,3-14 - Marc 6,7-13
dimanche 16 juillet 2006.
 

Vous avez reçu le faire-part ? Et l’invitation ? En général, un faire-part peut être de naissance, de mariage ou de décès. La plupart du temps l’on voit au premier coup d’œil de quoi il s’agit : le faire-part réussi reflète dans son aspect la tonalité de l’événement porté à la connaissance des intéressés. Et l’art de l’invitation est de donner envie.

Aujourd’hui, Jésus envoie ses faire-part. Sans texte. Aucune explicitation n’apparaît de la teneur du message confié aux Douze. Le message n’est autre que les messagers eux-mêmes. Comment se présente-t-il ? Voici venir des hommes deux par deux qui n’ont “rien emporté pour la route”. Étrange dénuement prescrit par le maître.

Seulement en saint Marc ils prennent pourtant bâton et sandales. Au lecteur de la Bible revient aussitôt en mémoire le repas de la première Pâque que les fils d’Israël, à la veille de leur sortie d’Égypte, durent manger “les sandales aux pieds et le bâton à la main”, comme des hommes déjà en marche vers leur liberté et la Terre promise.

Vous l’avez compris, ces envoyés sont le vivant faire-part de la Pâque et de l’Exode du Seigneur, ainsi que de son entrée dans la gloire. Faire-part de décès, car il est mort sur la croix pour nos péchés ; faire-part de nouvelle naissance, car il est ressuscité et monté aux cieux à la droite de Dieu ; et faire-part de mariage, car il viendra dans la gloire au Jour béni et sans déclin des Noces de l’Agneau.

J’ai dit qu’il n’y avait pas de texte à ce faire-part. Quand même, nous avons entendu : « Ils proclamèrent qu’il fallait se convertir. » D’ailleurs, ce message nous paraît sûrement un peu court, si tant est que l’ayons seulement remarqué ! Ici l’on voit un sens supplémentaire, je crois, aux sandales que doivent porter les Apôtres. Moïse entendit depuis le buisson ardent le Seigneur lui dire : « Retire tes sandales, car la terre que tu foules est sainte. » Or, elle n’est pas sainte, la terre sur laquelle les chrétiens vont porteurs de la Bonne Nouvelle : le Mauvais l’a couverte de son pouvoir mauvais. C’est pourquoi les hommes doivent renoncer à leur amour de ce monde et d’eux-mêmes pour accueillir l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. Ils doivent se détourner de ce qui ne peut que périr pour entrer dans la vie nouvelle des enfants de Dieu. Ce détachement d’une terre non sainte en vue de la nouvelle Alliance pour un monde nouveau, voilà ce que signifie la conversion à laquelle nous sommes tous appelés.

Voyez encore comment les envoyés doivent “rester dans la maison qui les accueille jusqu’à leur départ.” L’entrée dans la Terre promise se fit par la ville de Jéricho où les deux envoyés de Josué trouvèrent une maison pour les accueillir, une seule, celle de Rahab, la prostituée. Et cette maison fut sauvée. Les Pères nous ont appris à y voir la figure de l’Église, car le Fils a donné sa vie pour elle afin de se la présenter à lui-même purifiée de toute souillure et de tout péché, comme une fiancée sainte et sans tache. Et c’est en cette Église que tous les hommes sont appelés à être rassemblés et unis pour ne former qu’un seul corps, celui de l’épouse de l’Agneau au jour bienheureux des noces éternelles.

Voilà pourquoi aussi les Apôtres ne doivent pas prendre de “tunique de rechange”. Au jour de notre baptême, de notre nouvelle naissance de l’eau et de l’Esprit Saint, nous avons “revêtu le Christ”. Telle est la tunique de la nouvelle Alliance, et nous ne saurions en revêtir une autre au gré des craintes et des désirs changeants, à cause d’une occasion ou des persécutions. Notre fidélité doit répondre à celle de Dieu « qui nous a choisis avant la création du monde », comme vous l’avez entendu dans la lettre aux Éphésiens.

Les chrétiens dignes de ce nom sont une vivante lettre d’amour de Dieu aux hommes qu’il a aimés jusqu’à donner son Fils pour les sauver. Leur existence même doit se lire ainsi : « Il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route » signifie que la vie de disciple, “la route”, doit manifester notre vocation sainte à vivre éternellement de la vie même de Dieu au-delà des vicissitudes et des déceptions de ce monde. Nous ne mettons ni notre espoir, ni notre confiance dans l’argent et les biens périssables de cette vie. Et, cette vie, nous acceptons de la perdre par amour de Dieu et du prochain. Il en est ainsi du moins si nous nous sommes convertis. Et comment appeler les autres à la conversion si nous ne prêchons pas d’exemple ?

Car l’invitation accompagnant le faire-part est bien pour le festin des Noces, mais on n’y répond pas sans revêtir le vêtement nuptial. En nous approchant de cet autel, souvenons-nous de celui qui s’y donne en nourriture. Son corps ressuscité est le monde nouveau où il n’y aura plus ni pleurs, ni mort, ni douleur, mais nous sommes encore en chemin en ce monde qui attend sa rédemption et nous communions aux souffrances de son Rédempteur jusqu’à ce qu’il vienne.

Si nous avons reçu l’Évangile et répondu à son appel à la conversion, nous sommes déjà morts et ressuscités dans le Christ. C’est pourquoi nous devenons nous-mêmes pour tous les hommes le vivant faire-part et l’invitation attractive que leur adresse l’amour de Dieu.