Dimanche 13 août 2006 - 19e dimanche de l’année B

Êtes-vous plutôt ouvert ? (Test)

1 Rois 19,4-8 - Psaume 33 - Éphésiens 4,30-5,2 - Jean 6,41-51
dimanche 13 août 2006.
 

Évidemment, chacun pense bien que la réponse sera oui pour lui, car aujourd’hui “ouvert” s’oppose à intolérant, sectaire, fanatique et autres joyeusetés de la même eau que personne n’oserait revendiquer pour soi.

L’ouverture d’esprit est une disposition à écouter une parole différente pour en découvrir la nouveauté plutôt que de la ramener à soi et à ses pensées habituelles. Aisément, un groupe se forme et se soude dans le refus de prêter l’oreille à celui qui, justement, l’invite à l’ouverture, surtout si ses membres estiment le connaître suffisamment pour savoir à quoi s’en tenir à son sujet en dépit de ses propos inédits. Ils s’entendent pour ne pas l’écouter, ils tiennent conseil pour lui ôter la parole, ils s’accordent pour l’exclure. C’est pourquoi Jésus dit aux Juifs : « Ne récriminez pas entre vous. »

Dans le contexte de la multiplication des pains, la référence aux “murmures” du peuple dans le désert est transparente : Moïse, déjà, avertissait les fils d’Israël qui se plaignaient d’être sortis d’Égypte où, prétendent-ils, “ils mangeaient du pain à satiété” : « Ce n’est pas contre nous que vous murmurez, mais bien contre le Seigneur. » Puis il dut dissuader le peuple de “démystifier” la manne en la nommant et de s’emparer ainsi du don sans reconnaître le donateur : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. » Jésus, donc, rappelle à ses interlocuteurs qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai pour refuser d’entendre Dieu en rejetant son envoyé.

Aujourd’hui la parole de l’Église s’adresse encore à vous : « Le pain et le vin consacrés sont vraiment le corps et le sang de Jésus Christ, le Fils éternel de Dieu venu en notre chair, qui est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre sanctification, et qui reviendra dans la gloire. Ce Pain vivant et ce Sang versé sont la nourriture de la vie éternelle offerte à cet autel aux hommes qui croient en lui selon la foi des Apôtres. » Quelle stratégie mettez-vous en œuvre, et dans quel groupe, pour ne pas entendre cette parole et pour la rejeter ?

La pensée moderne distingue volontiers le rationnel et l’irrationnel. Les uns ne veulent pas entendre parler de l’irrationnel, d’autres au contraire voudraient le “réhabiliter”. Les uns et les autres ne voient pas qu’ils se sont entendus pour exclure de la raison tout ce qui ne rentrait pas dans leurs petites boîtes conceptuelles qu’ils croyaient toutes neuves et dont ils étaient si fiers. En assumant la coupure épistémologique de la modernité ils se coupent obstinément du Logos éternel qui rendait si intelligent le peuple de l’Alliance au milieu des nations émerveillées.

Les hommes s’opposent au nom de Dieu, les uns l’écartant comme une hypothèse inutile, d’autres prétendant s’en faire les représentants exclusifs. Les uns et les autres s’aveuglent, car « Personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. » C’est pourquoi en se chamaillant sur ce qu’ils ignorent tous de même, ils tiennent conseil sans le savoir pour ôter la Parole du milieu des hommes.

Tant que les hommes ne reconnaissent pas ensemble qu’ils ne connaissent pas ce Dieu que leur cœur pressent et que leur raison postule, ils ne s’entendent que pour ne pas l’écouter. La nature tout entière, grande ouverte sur le mystère de sa beauté, chante l’Absent dont elle est la créature et crie vers le Rédempteur qui la délivrera du mal. L’homme en est le couronnement et la conscience, il le sait et ne peut le supporter tant qu’il demeure cette gloire humiliée, où la folie hante la raison, où la mort habite le vivant, où l’amour se désespère de n’être pas aimé. Jésus n’est pas venu faire taire cette voix de la création, mais lui donner raison et la faire entendre du Père, sur la croix, pour que l’amour triomphe enfin et pour toujours.

Quiconque ne se ferme à pas à ce témoignage universel est ouvert au Père tout-puissant, et le Père l’attire à son Fils pour lui donner la Vie.