Dimanche 20 août 2006 - Vingtième dimanche

Que vous êtes intelligente !

Proverbes 9,1-6 - Psaume 33 - Éphésiens 5,15-20 - Jean 6,51-58
dimanche 20 août 2006.
 

"Que vous êtes intelligente !" Il paraît que c’est le compliment préféré des femmes. Mais il faut savoir le placer. Et mieux vaut y croire quand on le fait, car elles sont fines. Saint Paul dit quelque part qu’un homme marié veut plaire à sa femme. C’est normal : s’il y arrive, sa vie sera beaucoup plus agréable.

Il y a tant de choses qui peuvent aller plus ou moins bien selon qu’on sait s’y prendre ou non. Les gens intelligents s’appliquent à progresser dans tous les domaines. La sagesse, chez tous les peuples cultivés, est ce savoir-vivre et faire vivre qui se perfectionne sans cesse si l’on sait apprendre de tout et de tous sans se lasser. Comme l’enfant se nourrit chaque jour pour grandir et prendre des forces, l’homme avisé se fortifie des leçons que donnent l’expérience et les bons maîtres.

C’est pourquoi Israël a nommé “Sagesse” la Loi du Seigneur, ce don merveilleux qu’il a prodigué à son peuple bien-aimé pour qu’il vive et soit heureux. Et le livre des Proverbes la chante en mettant dans sa bouche ces paroles de miel : « Venez manger mon pain et boire le vin que j’ai apprêté ! Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l’intelligence. »

La réflexion chrétienne a repris le thème de la Sagesse en l’appliquant tantôt au Christ, tantôt à l’Esprit Saint. On peut encore voir dans la foi trinitaire la sagesse suprême où l’homme trouve la lumière parfaite. C’est tout cela que nous dit l’évangile d’aujourd’hui. En promettant la vie à ceux qui mangeront son corps et boiront son sang, Jésus se désigne lui-même comme la totalité et la perfection du don de Dieu aux hommes.

La croix du Christ est le chiffre, la clef, de ce passage évangélique en tous ses aspects. C’est en se livrant aux mains des hommes en sa Passion que Jésus se fait le pain rompu et broyé sous la dent, le vin versé à flot pour qu’ils boivent. Sa Pâque, sa mort et sa résurrection en lesquelles se réalise son passage de ce monde au Père nous sont données à connaître par la foi et l’expérience à sa suite : en vivant le mystère du Christ nous recevons la grâce et la vérité. C’est ainsi qu’en communiant à son corps et à son sang dans la foi nous sommes comblés de la Sagesse qui surpasse celle de la Loi.

« Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint... » dit la troisième prière Eucharistique. Cette formule reprend le passage de la lettre aux Éphésiens que nous venons d’entendre, où l’Apôtre nous invite à vivre non comme des fous, mais comme des sages. Il nous exhorte à bien comprendre la volonté du Seigneur et à prier fréquemment ensemble. Tout est donc lié : la communion dans la foi, la prière ardente et l’intelligence de la vie.

L’Église est souvent accusée, dans nos sociétés libérales modernes, de vouloir empêcher le monde de vivre. Ce n’est sûrement pas en pratiquant une surenchère dans la contre-offensive que l’on réfutera l’accusation. Au contraire, il faut se demander pourquoi, bien souvent, une présence forte et durable de l’Église dans une société ne l’a pas conduite à une organisation plus humaine et plus prospère, plus attentive au développement de tous, surtout des pauvres et des petits.

Croyez-vous que l’on puisse plaire à Dieu en méprisant la vie qu’il donne au monde ? Ferons-nous un beau compliment à l’Église en la disant pleine de charité mais incapable de parler utilement en matière économique, politique ou sociale ? Une mère se plaît-elle à s’entendre expliquer qu’elle aime sans doute ses enfants de sentiments très forts, qu’elle sait les câliner, mais qu’elle est trop sotte pour les aider à se construire et à atteindre une réelle capacité d’autonomie et de développement dans toutes les dimensions de l’être ? L’amour divin pourrait-il être stupide ou borné ?

Alors que nous venons de fêter l’Assomption de la Vierge Marie, considérons Notre Dame avec le respect et l’attention que mérite la mère de tous les enfants de Dieu, aussi sage que belle, toute sainte et tout aimante, comblée de grâces qui rejaillissent sur le monde pour qu’il ait la vie. Ayons à cœur de lui plaire en puisant dans la communion au corps et au sang de son Fils la Sagesse divine qui nous fera agir selon la volonté même de Dieu.

Alors nous pourrons louer vraiment l’Église notre mère, au lieu de la critiquer toujours, même quand nous prenons l’air de lui faire des compliments, alors nous aurons assez de discernement pour nous étonner de son intelligence. Et le monde, qui s’en trouvera bien, rendra gloire à Dieu.