Dimanche 3 septembre 2006 - 22e dimanche de l’année B

Est-ce que ça marche ? - Chœur des puristes : On dit « Est-ce que ça fonctionne ? » !

Deutéronome 4,1-8 - Psaume 14 - Jacques 1,17-27 - Marc 7,1-23
dimanche 3 septembre 2006.
 

De beaux esprits voudraient qu’on ne puisse pas parler de marche pour ce qui n’a pas de pieds. Alors on ne devrait pas dire que le Français est une langue, puisque ce n’est pas un muscle de la bouche ! Une langue vivante, justement, aujourd’hui comme hier, fonctionne et évolue essentiellement par transport et glissement de sens, c’est-à-dire par métaphores et métonymies. S’il fallait la purifier de tous ces mouvements pour en faire un camp retranché jalousement gardé, ça ne marcherait plus du tout.

Le langage est fait pour communiquer dans le monde où l’on se trouve. Une bonne langue doit être riche, précise, souple et belle. Elle se reconnaît aisément au fait qu’on se comprend bien, autant quand il faut s’entendre rapidement sur des sujets simples, que lorsqu’il s’agit de méditer à loisir des questions délicates, profondes ou compliquées. Vivante, elle ne cesse d’évoluer sans perdre au fil du temps son génie ni ses qualités propres. Les puristes passent, tandis que les grands auteurs ne cessent de nourrir et de former leur postérité à travers les siècles de la littérature. À cela se reconnaît la véritable pureté de la langue.

Est-ce que je joue sur les mots ? Jésus aussi, alors, dans l’évangile d’aujourd’hui. La discussion avec les pharisiens et les scribes commence à propos de mains impures, c’est-à-dire non lavées ; il s’agit d’ailleurs ici non pas tant d’hygiène que de pratique rituelle, d’un signe lié au fait que tout repas pour les Juifs avait une dimension cultuelle. Mais, à la fin, Jésus parle d’impuretés purement morales, celles qui résultent d’actions mauvaises.

En fait, les mots grecs de l’évangile que nous traduisons par “impur” et “pur” signifient littéralement d’abord “commun” et “propre” : “propre”, donc, non pas au sens de non sale, mais de “approprié” à la personne ou à la situation. Or, le sens véritable et profond de l’idée de pureté religieuse, c’est la qualité de ce qui est approprié à la relation de l’homme avec Dieu. Voilà ce que réplique Jésus à ses contradicteurs. Voilà pourquoi aussi, de façon surprenante au milieu de cette controverse sur le pur et l’impur, Jésus introduit le thème de la Parole de Dieu. Les pharisiens et les scribes lui reprochent le fait que ses disciples mangent avec des mains impures, et il leur répond d’abord qu’ils ont laissé de côté le commandement de Dieu pour s’attacher à la tradition des hommes

Le propre de la Parole de Dieu est de nous convertir. Elle nous fait nous tourner avec amour vers le Seigneur en abandonnant nos conduites mauvaises. Si nous l’écoutons vraiment de tout notre cœur, elle nous révèle le Christ, elle nous attache à lui par la foi et elle nous purifie du péché et des penchants mauvais, car tel est son pouvoir avec la puissance de l’Esprit Saint soufflé sur nous par le Ressuscité. Si nous ne changeons pas de vie, si nous continuons à commettre toutes les vilenies qui sortent du cœur de l’homme et le rendent impur, c’est-à-dire impropre à la relation avec Dieu et avec le prochain, c’est que nous n’avons pas écouté la parole de Dieu.

Mais il se peut aussi, comme les pharisiens dans l’évangile, que nous parvenions à une conduite apparemment bonne sans avoir vraiment écouté la Parole. C’est pourquoi Jésus les appelle “hypocrites”. Ce mot en grec signifie “personnage” au sens du théâtre : un acteur qui prononce son texte n’est pas censé exprimer ses propres pensées et sentiments, il joue un rôle. De même, Jésus reproche aux pharisiens et aux scribes de ne pas écouter vraiment la Parole : c’est comme s’ils jouaient un “rôle” d’auditeur : elle leur passe par les oreilles, la bouche et les mains, mais leur cœur ne s’y prête pas. Ils ne sont pas convertis, même s’ils semblent agir comme s’ils l’étaient. Encore cette apparence est-elle appelée à se dissiper, puisqu’ils nourrissent des pensées de meurtre contre Jésus, et donc de ces “pensées perverses” que le Seigneur dénonce en premier auprès de ses disciples comme “ce mal qui vient du dedans et rend l’homme impur”.

Le risque de l’hypocrisie est pour chacun de nous, il est réel aussi pour nos communautés d’Église : nous sommes toujours tentés de ramener à nos traditions locales ce qui demeure nécessairement, aujourd’hui comme hier, “les pensées qui ne sont pas nos pensées”, celles de Dieu auxquelles nous devons nous conformer plutôt que de les réduire aux nôtres. La “tradition” qui prétend conserver les doctrines dans leur pureté peut être une façon d’enfermer la vraie Tradition et de l’empêcher d’être parole de vie pour aujourd’hui. Les gardiens bornés des formules religieuses figées passent et trépassent, mais les grands saints ne cessent d’inspirer et de former leur postérité à travers les siècles de l’Église.

Gardons-nous donc de la prétention des puristes sourcilleux qui ne se soucient que de faire fonctionner leurs traditions, écoutons plutôt la Parole de tout notre cœur afin de marcher humblement sur les chemins de la justice avec Dieu.

Texte des lectures : Cliquez ici