Dimanche 10 septembre 2006 - Vingt-troisième dimanche

- Vous aimez les Parisiens ? - Qui ça ? Le PSG ? Le Paris Saint-Germain Football Club ?

Isaïe 35,4-7 - Psaume 145 - Jacques 2,1-5 - Marc 7,31-37
dimanche 10 septembre 2006.
 


-  Vous aimez les Parisiens ?
-  Qui ça ? Le PSG ? Le Paris Saint-Germain Football Club ?
-  Aussi, pourquoi pas. C’est un fait que les Parisiens sont souvent détestés des autres Français pour leur arrogance à l’égard de la Province, avec leurs airs supérieurs d’intellectuels.
-  Quoique, les supporteurs du PSG, comme intellectuels...
-  Oui, d’accord. Mais, après tout, l’intelligence n’est-elle pas l’aptitude à établir des rapports ? Et les intellectuels, donc, des spécialistes de la mise en relation ? Or, ce besoin irrépressible de se battre avec les autres n’est-il pas l’expression paradoxale d’un grand désir d’entrer en relation ?
-  En tout cas, ce soir ils jouent à domicile.

Eh bien Jésus, lui, aujourd’hui, est en tournée à l’extérieur. Vous avez entendu que, quittant la région de Tyr, il passe par Sidon pour aller vers le lac de Galilée. Mais c’est comme passer par Lille pour se rendre de Bordeaux à Lyon. En fait, Jésus accomplit une sorte de grande tournée des régions étrangères voisines de la Terre Sainte. Il arrive dans la Décapole, ce qui signifie “Dix villes”, une confédération de cités hellénistiques, c’est-à-dire de culture grecque, abritant aussi des communautés juives importantes. Avec cela, le territoire de la Décapole était une terre païenne.

Or, les juifs et les Grecs cultivés se rejoignaient dans le mépris des païens du pays, connus pour leurs charlatans et leurs pratiques magiques. En particulier, des rebouteux s’offraient à guérir toutes sortes de maladies à coups de préparations pharmaceutiques peu ragoûtantes, de manipulations scabreuses et d’incantations abracadabrantesques. Et voilà que Jésus opère à leur manière ! Il traite le sourd-muet en utilisant de la salive, il lui met les doigts dans les oreilles et dans la bouche, il pousse des soupirs et prononce un mot étrange... il a tout l’air d’un guérisseur païen ! D’ailleurs, cet épisode est absent des autres évangiles synoptiques : saint Matthieu, l’évangéliste des judéo-chrétiens, et saint Luc, l’helléniste distingué, “oublient” ce passage dans leur reprise du récit de saint Marc, peut-être parce qu’il leur a semblé que leurs lecteurs le trouveraient inconvenant, voire intolérable.

Pourtant, heureusement que nous avons ce texte. En effet, il nous offre le modèle du travail missionnaire. D’abord, il s’agit bien de la mission : ce sourd-muet, muet parce que sourd (on n’apprend à parler qu’en écoutant parler les autres), symbolise les païens, eux qui n’ont pas entendu la parole de Dieu et qui sont donc incapables de s’adresser à lui correctement, c’est-à-dire de prier le Père comme des fils bien-aimés. Il symbolise aussi les brebis perdues de la maison d’Israël, ces fils de la Révélation égarés au cours des tribulations du peuple de Dieu à travers les siècles.

Mais il faut aussi recevoir ce récit dans son réalisme très concret. Voyez comment Jésus prend l’homme seul à seul et instaure avec lui un contact physique précisément là où il est atteint par son infirmité. Puis il se tourne vers Dieu avec supplication, manifestant sa compassion pour la misère de l’homme et implorant pour lui le miracle. Enfin il prononce la parole d’autorité et de foi par laquelle la guérison s’effectue.

D’ailleurs, ne reconnaissez-vous pas là l’acte le plus réaliste et le plus concret de Jésus pour l’accomplissement de sa mission et pour notre salut ? Sur la croix, ses blessures sont ouvertes aux nôtres dans une proximité plus radicale qu’un corps à corps. Ce sont nos péchés qui l’ont blessé, dans sa chair terriblement réelle, et ses souffrances répondent aux nôtres dans une compassion tragiquement véritable. Là, il lève les yeux vers le ciel et soupire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Là, enfin, il expire, soufflant sur nous l’Esprit Saint pour le pardon de nos péchés et notre recréation dans la sainteté et la vérité de sa résurrection.

Si nous voulons à notre tour être missionnaires, il n’y a pas pour nous d’autre chemin ni d’autre méthode. C’est ainsi que nous devons aller au-devant de nos voisins, païens de naissance ou brebis égarées de l’Église, les populaires et les impopulaires, les intellectuels et les autres, pour les convertir au Christ.

Car, tels qu’ils sont, Dieu aime les Parisiens, puisque pour eux aussi il a donné son Fils.