Dimanche 24 septembre 2006 - Vingt-cinqième dimanche

Venant d’un homme de sa valeur, il ne peut s’agir simplement d’une erreur. C’est donc plus grave.

Sagesse 2,12-20 - Psaume 53 - Jacques 3,16 - 4,3 - Marc 9,30-37
dimanche 24 septembre 2006.
 

Venant d’un homme de sa valeur, il ne peut s’agir simplement d’une erreur. C’est donc plus grave. À qui pensez-vous ? À un ministre... du Seigneur ? Bon, ce n’est pas le tout de mon propos, mais cela en fait partie : parlons donc d’abord du pape Benoît XVI et de sa conférence de Ratisbonne dans laquelle il a évoqué la théologie de l’Islam. Beaucoup ont parlé d’erreur mais, venant d’un homme de sa valeur, ce ne peut être simplement cela. C’est donc plus grave ? Oui, cette parole du pape est grave. Au sens premier de “qui a du poids”. Sens qui est d’ailleurs aussi d’abord celui du mot hébreu “kabod”, la gloire.

Ce n’est pas le tout du propos du pape, mais cela en fait partie, il résulte de son argumentation une alternative claire et nette. Ou bien la conception opaque de la transcendance de Dieu qui prétend justifier une violence ennemie de la raison serait l’interprétation correcte de cette théologie, et alors nous serions en présence d’une doctrine effectivement inhumaine ; ou bien ce n’est pas le cas, et alors il faut le dire. Il est urgent que les responsables de cette obédience le disent eux-mêmes, fort et clair, partout dans le monde et notamment au Proche-Orient et en proche banlieue.

L’urgence, pour Jésus dans l’évangile, c’est d’annoncer sa passion à ses disciples : c’est urgent justement parce que la Passion approche. Comme le temps se fait court, Jésus tente d’en gagner. Vous l’avez entendu, il traverse la Galilée (vers Jérusalem et donc vers sa mort), et ne veut pas qu’on le sache : il essaie de préserver ces moments trop brefs pour dispenser son enseignement. Déjà, vous vous en souvenez, il avait interdit à ses disciples de dire autour d’eux qu’il était le Messie. En effet, c’est justement quand tout le monde le reconnaîtra comme tel qu’il pourra être livré par ses adversaires au Romains, qui l’exécuteront comme se prétendant le roi des Juifs, puisque le Messie attendu devait être fils de David et restaurer l’indépendance d’Israël.

Or, plus Jésus annonce sa passion, moins les disciples semblent l’écouter et le comprendre. Pourquoi ? L’habitude est de répondre à cette question en invoquant la stupidité des Apôtres. S’agissant d’hommes de leur valeur, ce ne peut être cela. C’est beaucoup plus grave. S’ils discutent entre eux pour savoir qui est le plus grand, ce n’est pas une fuite absurde du problème qui se pose à eux. En fait, nous l’avons vu dimanche dernier avec la réaction de Pierre, ils pensent que le maître se trompe, qu’il fait erreur en annonçant sa passion. Ils veulent s’opposer à lui sur ce point. Mais Pierre s’y est essayé de façon frontale et s’est fait rudement remettre à sa place. Il faut donc que le groupe se trouve un autre porte-parole, peut-être plus subtil pour se montrer plus efficace.

Il semble bien que Jean ait été choisi, puisque nous le verrons dimanche prochain déclarer à Jésus : « Nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom, nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Quelle impudence ! D’autant plus qu’auparavant, eux-mêmes se sont vus incapables de guérir un sourd-muet épileptique possédé par un démon. Enfin, la preuve que tous les Apôtres sont plus ou moins engagés dans un processus de défiance et d’opposition au Seigneur, c’est que lorsque l’heure sera venue de la Passion, au cours du dernier repas, quand Jésus leur dira : « L’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer », chacun à son tour lui demandera avec tristesse : « Serait-ce moi, Seigneur ? »

Oui, la résistance des disciples est plus qu’une malheureuse erreur : c’est la rébellion de tout l’être, de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force devant la révélation de l’amour incroyable de Dieu qui va jusqu’à livrer son Fils aux mains des hommes. Cette révélation nous paraît déraisonnable alors que rien n’est plus ami de la raison, puisque rien n’est aussi ami de l’homme. Les saints innombrables en témoignent, eux qui ont mis l’enseignement de Jésus en pratique et se sont faits petits comme des enfants devant Dieu et devant les hommes afin de les servir avec autant de puissance que d’amour, dans la force de l’Esprit Saint. En témoigne aussi notre bon pape Benoît, avec l’humilité de son ministère et la grandeur de son magistère. Mais en eux tous, celui qui nous fait ainsi cette révélation inouïe est toujours l’unique Seigneur Jésus Christ le Fils de Dieu.

Venant d’un homme de sa valeur, ce ne peut être une erreur. C’est bien plus grave. C’est l’Amour éternel qui passe par la mort pour offrir aux hommes sa gloire.