Dimanche 1er octobre 2006 - Vingt-sixième dimanche

Chéri, j’ai fait des folies !

Nombres 11,25-29 - Psaume 18 - Jacques 5,1-6 - Marc 9,38-48
dimanche 1er octobre 2006.
 

Chéri, j’ai fait des folies ! Inquiétude. Oui, dans le pêle-mêle et le bric-à-brac de la brocante, j’ai pioché, chipé, pêché... Bon, on en sera quitte pour un coup au portefeuille.

Et avec l’évangile d’aujourd’hui, on en sera quitte aussi pour pêcher ce qui nous plaira dans ce qui ressemble à un bric-à-brac de phrases mises bout à bout au gré d’un mot commun qui sert d’agrafe ?

D’abord le “nom” : en ton nom, en mon nom, au nom de... Puis “scandaliser”, sauf que le mot, traduction du verbe grec “skandalizein”, a disparu dans la nouvelle traduction : il est remplacé d’abord par “entraîner la chute” puis trois fois par “entraîner au péché”. Enfin, le “feu” et le “sel”. Mais, là, vous n’avez pas eu droit au sel, parce que c’est toute la fin du texte qui a disparu dans le découpage liturgique.

Vous avez entendu le passage se terminer par : « là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. » Mais il se poursuit par les versets 49 et 50 qui terminent le chapitre : « Car tout homme sera salé au feu. C’est une bonne chose que le sel, mais si le sel cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix entre vous. »

Pourtant, tout cela se tient. Il s’agit de la fidélité de l’épouse à l’amour de l’époux. D’abord, elle porte son “nom” : elle ne fait qu’un avec lui. Le pouvoir de l’époux est à elle et, ce qu’elle souffre, il le souffre aussi. Le corps de l’épouse est la communion de ces petits qui croient en l’époux : chacun d’eux lui est infiniment précieux. La chute, l’effet du “scandale”, c’est perdre la foi, perdre la clef de la fidélité. Ce danger est pire que mortel.

Le feu, c’est l’épreuve. Si elle n’était surmontée, ce feu se transformerait en celui de l’enfer. Mais le “sel” est là, le sel du sacrifice de l’alliance et de la sagesse divine qui en résulte. Il ne faut rien refuser à l’amour du Christ, et tout perdre plutôt que lui. Et même, il faut tout donner pour que tout soit ressuscité. Ces mots restent en l’air s’ils ne s’appliquent à l’Église réelle que nous formons et à chacun de nous qui en sommes les membres.

D’abord il serait illusoire de notre part de prétendre former un groupe fermé de purs qui détiendrait le monopole des dons de Dieu. Nous ne sommes pas si purs, hélas, nous qui n’avons pas cessé de pécher. La communion du corps de l’épouse est destinée à tous, puisque l’époux a donné sa vie pour tous, et ses grâces débordent d’avance toute limitation qui ne devrait être que provisoire.

En revanche, il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans le même panier, d’effacer la distinction entre les fidèles dans la foi de l’Église et les autres. Au contraire, tout membre qui bafouerait la pureté de la foi de l’intérieur du corps, en prétendant l’amener à ses vues humaines plutôt que de se rendre humblement à la confession commune, doit être rejeté du corps : mieux vaut le perdre que de le laisser perdre le corps tout entier.

De plus, si le corps est préservé, l’espérance demeure que le membre exclu y revienne tôt ou tard. Mais on ne saurait prendre une mesure aussi grave à la légère ni de gaîté de cœur : avant de se couper un pied ou une main, on essaiera vivement de guérir la partie gangrenée !

Chacun, d’ailleurs, aura à cœur de chasser le péché de sa vie, non seulement pour lui-même, pour son salut, mais pour la sainteté et la force de tout le corps. Si ton regard s’attache à des spectacles indignes ou dangereux, arrache-toi avec détermination à l’objet qui te fascine, avant qu’il ne t’en coûte un œil ou même pire.

Frères, comprenons que le choix de la fidélité sera toujours le meilleur, et le seul payant finalement.

Ne faisons donc pas de folies à la manière du monde qui cherche la richesse et va vers la mort.

Faisons plutôt des folies à la manière de Dieu qui nous a chéris jusqu’à donner son Fils pour que le monde ait la Vie.