Dimanche 5 novembre 2006 - Trente-et-unième dimanche

C’est comme ça que tu me parles ?

Deutéronome 6,2-6 - Psaume 118 - Hébreux 7,23-28 - Marc 12,28-34
lundi 6 novembre 2006.
 

"C’est comme ça que tu me parles ?" Qui d’entre nous ne s’est jamais fait reprendre par son père ou par sa mère pour quelque insolence à leur endroit ? La façon de parler à une personne indique le rapport que l’on se reconnaît à elle, ou qu’on veut avoir avec elle. Et nous savons à quel point les mots peuvent se charger d’admiration ou de mépris, de tendresse ou de froideur, d’aménité ou d’hostilité. Le dialogue, l’échange de paroles, est la situation fondamentale de la relation humaine : les amoureux ne cessent d’avoir beaucoup à se dire, ils ne se lassent pas de se tresser des mots d’amour en un lien délicieux ; mais les ennemis savent bien s’inventer des paroles dures comme autant de coups et de blessures.

Selon toute apparence, le scribe de notre évangile selon saint Marc s’adresse à Jésus avec assez de considération et de respect, puisqu’un bon dialogue se noue entre eux deux. Ce n’est pas le cas dans les parallèles en saint Matthieu et en saint Luc où il est dit que le scribe pose sa question “pour mettre Jésus à l’épreuve”. Et même en saint Marc, lorsque le Seigneur est interrogé sur la légitimité de l’impôt dû à César, il n’hésite pas à rétorquer à ses interlocuteurs : « Hypocrites, pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Ici, rien de tel : deux hommes, deux fils d’Israël, s’entretiennent en bonne intelligence au sujet de leur Dieu et de sa parole.

Ce Dieu commande d’aimer et, ceux à qui il adresse la parole, il les comble de bienfaits, il leur donne longue vie et leur octroie la terre où coulent le vin et le miel : voilà comment il leur parle, ce Dieu qui se révèle ainsi un Père plein de bonté. Remarquez quand même que la terre en question - nous en revenons tout juste, nous les pèlerins rentrés hier soir d’un merveilleux pèlerinage paroissial - ne ruisselle pas partout et toujours également de ces douceurs exquises. Elle se révèle, hélas, en bien des endroits aride et pierreuse, et dure à ses habitants. C’est qu’elle ne donne ses bienfaits que si la méchanceté des hommes ne met pas en échec les bontés de Dieu.

D’ailleurs, dans l’évangile, nous avons l’habitude d’entendre le Seigneur critiquer sévèrement les notables de son peuple à ce sujet. Or, voilà aujourd’hui un scribe qui, non seulement s’entretient aimablement avec Jésus, mais encore reçoit de lui un compliment exceptionnel. Quelle est donc la remarque judicieuse qui lui vaut cet honneur ? Sa formulation remarquablement synthétique apporte une double amélioration à celle de Jésus : d’une part elle regroupe les deux commandements en un seul précepte, d’autre part elle y introduit le thème essentiel de l’amour qui vaut mieux que les sacrifices.

Ici, le Seigneur apprend beaucoup de ce spécialiste des Écritures. Inutile, pour essayer de “sauver” la supériorité de Jésus, de forger des hypothèses hasardeuses sur une stratégie du maître qui aurait fait exprès de laisser le scribe élève trouver tout seul ce que dans les évangiles parallèles il exprime lui-même. Le pape Jean-Paul II l’a écrit clairement, il faut bien admettre que le Fils de Dieu fait homme a dû étudier les textes avec le concours de ceux qui les connaissaient pour y découvrir la parole que son Père lui adressait. C’est la réalité de l’incarnation du Verbe. Mais le scribe lui-même ne pouvait imaginer à quel point il était judicieux de sa part d’évoquer les offrandes et les sacrifices. En effet, le lieu où s’accomplit parfaitement l’unité de l’amour de Dieu et du prochain n’est autre que la croix de Jésus, cet autel inouï où il s’offre en sacrifice à son Père pour notre salut.

Voilà, en effet, comment Dieu nous a parlé de façon définitive : en nous donnant son Fils, il nous a tout donné. Voilà donc aussi comment nous devons lui répondre : en nous offrant en sacrifice à la suite de Jésus, par amour du Père et pour l’amour du prochain.

Dans les petits et les grands moments de la vie, rappelons-nous que tout commence par la façon de nous parler les uns aux autres : choisissons la patience, la douceur, l’humilité et la bonté, surtout quand nous n’en avons pas envie du tout. Nous pourrons le faire si nous croyons à l’amour de Dieu pour nous-même et pour l’autre, grâce à Jésus qui s’est entretenu aimablement avec le scribe, si bien qu’il a même reçu de sa bouche une belle parole de son Père.

Voilà comment Dieu répond à celui qui parle à tout homme comme à son frère en Jésus Christ.