Dimanche 12 novembre 2006 - Trente-deuxième dimanche

Tout ce qui brille n’est pas d’or

1 Rois 17,10-16 - Psaume 145 - Hébreux 9,24-28 - Marc 12,38-44
lundi 13 novembre 2006.
 

Quand les enfants sont fascinés par la boîte ou le papier du cadeau, alors qu’ils ne prêtent aucune attention au contenu ni à sa valeur, les parents en sourient. Ils s’émerveillent de l’émerveillement de leurs petits. Mais si plus tard l’enfant, devenu grand, ramène à la maison une personne, disons, déconcertante, ils ne rient plus du tout. Que leur cher adolescent se montre très amoureux de son étrange conquête, et ils ne songeront plus un instant à s’émerveiller de ses sentiments pourtant si touchants, tant ils seront occupés à s’en inquiéter.

L’éventualité du mariage en effet n’est pas un enfantillage, mais un enjeu grave et très sérieux. Il s’agit de se remettre à l’autre pour la vie, de jeter en lui toute sa vie. De déposer en lui, suprême confiance, sa nature de désir et de besoin de l’autre, autrement dit son “manque”. C’est exactement le vocabulaire employé par Jésus dans l’évangile au sujet de la veuve : le mot grec traduit par “indigence”, hustérésis, signifie le défaut, le manque ; quant à ce qui est traduit par “tout ce qu’elle avait pour vivre”, c’est littéralement en grec : “toute sa vie”.

Tel que nous venons de l’entendre, ce passage de l’évangile pourrait nous paraître anodin : Jésus va se promener avec ses disciples, ce jour-là ils ont choisi comme distraction d’aller observer les gens qui font des dons au Temple, et le maître en profite pour énoncer une petite leçon de générosité. Ce serait entièrement méconnaître le contexte. Jésus vient d’arriver à Jérusalem et les événements se précipitent : entrée triomphale des Rameaux, expulsion des marchands du Temple, malédiction du figuier qui ne portait pas de fruit, ultimes controverses avec les chefs du peuple, et le voilà à deux doigts de la croix.

Jésus n’est pas en promenade, mais au terme du chemin vers sa Pâque. Assis face au trésor, il n’est pas venu en badaud, mais pour un jugement. Quand la pauvre femme met ses dernières piécettes dans le tronc, les paroles du Christ que nous avons entendues au début de l’évangile résonnent encore : « Méfiez-vous des scribes qui dévorent le bien des veuves ! » Croyez-vous qu’il soit content, le Fils de Dieu, de voir l’indigente mettre “toute sa vie” dans la machine à sous qu’était devenu le Temple, pour ajouter sans doute un microgramme d’or à la dorure de quelque écusson de façade ?

Sûrement il admire la générosité de la femme et son intention droite de faire offrande au Seigneur. Mais quand la veuve de Sarepta donnait son dernier pain à Élie, c’était sur la parole et la promesse du prophète parlant au nom du Dieu qui soutient les malheureux, et qui a toujours commandé aux fils d’Israël de venir en aide aux faibles et non de les exploiter. Jésus est aujourd’hui, je crois, comme les parents d’une jeune fille amoureuse d’un prétendant inconsistant : il ne songe pas tant à s’émerveiller de son amour qu’à s’inquiéter pour elle. Car, tournée vers le trésor, elle ne sait pas que celui qui se tient derrière elle est la seule et véritable espérance des pauvres de la terre.

Oui, Jésus s’est assis face au trésor pour une comparaison et un jugement : où est le véritable Temple dont l’eau coule du côté droit pour la guérison de ce qui était malade et la vie de ce qui était mort ? Où est la vraie demeure du Seigneur Dieu d’Israël au milieu de son peuple, aujourd’hui et jusqu’à la fin du monde ? Qui est le prêtre éternel dont le sacerdoce nous assure la rémission des péchés et la possibilité de nous approcher de Dieu avec parfaite assurance ? Cessons de professer une fausse tolérance qui signifie une réelle indifférence : non, il ne faut pas déclarer que toute voie religieuse ou spirituelle est assez bonne pour qui l’embrasse avec bonne volonté. Nous savons où est l’unique salut du monde, nous à qui le Père l’a révélé dans sa miséricorde, lui le Dieu unique et tout-puissant, la Source de tout bien. Et nous en sommes responsables pour les hommes : annonçons-leur la vérité du salut pour les pauvres en notre Seigneur Jésus Christ.

Mes amis, vous êtes assis en face du Trésor. Regardez : sur ce trône de bois il n’a plus rien de brillant, le malheureux couvert de plaies et d’insultes, et pourtant il est plus désirable et plus précieux que tout l’or du monde. C’est en lui que notre humanité doit jeter en offrande avec confiance toute sa vie et son manque d’aimer, car lui seul ne nous décevra pas, lui qui est ressuscité et qui reviendra.