Dimanche 26 novembre 2006 - Christ, Roi de l’Univers - Entrée en catéchuménat de Pierre, Pierre, Aya Élisabeth, Iniacia et Séverine

Et si en plus il n’y a personne. Parfois je me demande si les gens sont fous, ou si c’est moi, disait Albert Einstein.

Daniel 7,13-14 - Psaume 92 - Apocalypse 1,5-8 - Jean 18,33-37
dimanche 26 novembre 2006.
 

Et si en plus il n’y a personne. Parfois je me demande si les gens sont fous, ou si c’est moi, disait Albert Einstein. Ce qui prouve bien qu’il avait un grain. En fait, il n’est pas nécessaire d’être un génie pour se sentir troublé en la matière. La santé mentale est un équilibre fragile, facilement perturbé par les chocs de l’existence.

Par exemple, Jésus, cet obscur Nazaréen, ce paysan galiléen qui vient d’être arrêté comme agitateur, ne serait-il pas simplement un déséquilibré qui se prend pour le roi, se demande Pilate. Alors il l’interroge directement, sans doute goguenard : « C’est toi, le roi des Juifs ? » Si Jésus répond oui, son compte est bon : un excité de plus qu’on mettra en croix pour refroidir les autres. Mais il ne peut dire non, car ce ne serait pas vrai. En fait, il répond avec justesse et profondeur, et Pilate comprend aussitôt que ce prétendu séditieux est un vrai sage qui parle du ciel comme personne. Rappelez-vous : déjà Hérode aimait entendre Jean-Baptiste même si cela l’embarrassait.

Mais le Romain va manquer cette occasion unique d’en entendre plus de la bouche du prophète qu’on vient de lui livrer et qui lui parle de sa royauté venue d’En haut. Est-il pourtant sujet plus digne d’intérêt pour les hommes ? Hélas, il retourne à ses affaires, cet homme très occupé.

S’il y a un roi sur le trône, on s’en rend compte même quand on ne l’a jamais vu : parce qu’il y a des percepteurs de l’impôt royal, des gardes royaux et la justice du roi. Alors, comment saurai-je s’il y a un roi au ciel ? L’ordre de l’univers me fait penser que oui. Mais le désordre des affaires humaines me murmure que non.

Les païens en sont là : n’ayant jamais vu Dieu, ils songent tour à tour qu’il existe et qu’il n’existe pas. Ils sont croyants et incroyants. Et lorsque l’occasion se présente d’en savoir plus, en général ils n’en profitent guère, préférant comme Pilate retourner vite à leurs affaires pressantes. Les gens sont bizarres : ils s’habituent à penser qu’il doit y avoir quelqu’un mais que peut-être il n’y a rien.

Pensez à tous ceux qui ont été baptisés un jour et qu’on n’a jamais revus ; et les passagers qui viennent à la messe à l’occasion, un petit tour et puis s’en vont ; et même les réguliers, soucieux de ne pas manquer cette sortie hebdomadaire, mais pour qui cela ne change rien au reste de leur temps.

Voyons, si je rencontre Jésus en passant, recevant le Baptême ou l’Eucharistie mais retournant ensuite à mes affaires humaines, occupé par la vie comme tous les gens du monde, je serai évidemment comme eux ignorant de Dieu et soupirant parfois que peut-être il n’y a personne.

Mais si je viens écouter ici cette parole de Dieu dans la foi et la prière de l’Église assemblée par lui, si je l’accueille comme la vérité même, projetant une lumière incomparable sur le monde et sur le cœur de l’homme, et si j’en vis chaque jour, croyez-vous que cela ne changera rien ?

Le roi qui est au ciel, le Christ, se fait connaître sur la terre autrement que les princes de ce monde, mais avec bien autant de présence. Son impôt, c’est que nous offrions notre corps et toute notre personne au feu de son amour qui nous sauve et nous guérit de toute maladie de l’âme. Sa garde, sa sainte garde, c’est que jamais notre prière ne reste sans réponse quand nous lui demandons de nous préserver du mal. Et sa justice, c’est que nous soyons pardonnés de nos péchés et accueillis en lui dans la gloire des enfants de Dieu par la puissance de l’Esprit Saint.

En effet, nous ne rencontrons pas seulement des percepteurs, des gardes et des magistrats, mais le propre Fils du Roi éternel de l’univers, à qui il a tout remis parce qu’il s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix pour accomplir le dessein de son amour.

Ceux qui vivent la communion chrétienne de foi et d’amour ne se demandent plus s’il y a quelqu’un, car ils partagent leur vie avec lui. Ils partagent son regard sur les autres hommes, qu’ils ne traitent plus de gens, ou de fous, ou d’ennemis, puisqu’il a donné sa vie pour eux, et qu’en mourant sur la croix il leur a acquis le pardon. C’est pourquoi ils les reconnaissent comme des frères appelés par Dieu depuis l’origine à partager la gloire de son Fils éternel et bien-aimé.

La vérité est que les hommes ne sont ni des dieux ni des bêtes, mais les enfants perdus de notre Père que le Fils nous apprend à aimer d’un amour qu’ils ne connaissaient pas.

Chers frères et sœurs catéchumènes, c’est pour vous qui ne le connaissiez pas que nous savons d’expérience très sûre et très vivante qu’il y a un Roi pour tous dans le ciel, puisqu’il est avec nous comme il l’a promis jusqu’à la fin du monde.