Dimanche 3 décembre 2006 - 1er dimanche de l’Avent C

Avez-vous vu l’enfant caché dans le figuier ?

Jérémie 33,14-16 - Psaume 24 - 1 Thessaloniciens 3,12 à 4,2 - Luc 21,25-28.34-36
lundi 4 décembre 2006.
 

Avez-vous vu l’enfant caché dans le figuier ? - Je n’ai même pas vu le figuier !

-  Comment ? Il faut avoir les yeux dans sa poche ! Ou le nez dans le guidon ! Être scotché à sa console. Ou accroché d’une main à son portable et de l’autre à son mobile ! Ou, mort de peur, préférant ne pas regarder. L’enfant, passe. Mais le figuier ! Où ça, le figuier ? Mais là, dans l’évangile. Remarquez, c’est vrai que le figuier lui-même est caché. Vous ne l’avez pas entendu parce qu’on l’a enlevé du milieu de l’évangile d’aujourd’hui, qui est en saint Luc le passage parallèle à celui d’il y a quinze jours en saint Marc : rappelez-vous, c’était déjà l’apocalypse et la venue du Fils de l’homme.

Tous les ans, la fin de l’année liturgique et le début de la suivante se ressemblent. Mais c’est particulièrement frappant quand on passe de l’année B (évangile de saint Marc) à l’année C (évangile de saint Luc), comme aujourd’hui. Alors, les évangiles du 33e dimanche ordinaire (B) et du premier de l’Avent (C) se ressemblent terriblement. Même si l’on a enlevé le figuier de l’évangile d’aujourd’hui. Du coup, la tonalité du passage est uniquement l’annonce de catastrophes cosmiques, ce qui est assez surprenant : nous entrons dans l’Avent, quatre petites semaines à peine pour se préparer à Noël (juste trois cette année !), perspective de douceur, de joie et de paix, et l’on nous parle de mourir de peur ! Pourquoi ?

Parce que la visée de l’Avent est d’abord la fin du monde : la venue (“avènement”, “Avent”) du Fils de l’homme, de Jésus ressuscité, dans sa gloire. Mais cette visée doit être pour nous habitée de la foi en l’incarnation du Fils de Dieu : nous ne faisons pas semblant d’attendre la nativité de Jésus, nous regardons venir la fin du monde avec au cœur la connaissance de la grâce que Dieu nous a faite en son Fils. D’où le figuier.

Souvenez-vous de l’évangile du 19 novembre. Après l’annonce des grands signes dans le ciel et des événements grandioses de la fin, soudain Jésus nous dit : Que la comparaison du figuier vous instruise. Quand ses branches deviennent tendres et que les feuilles commencent à poindre, vous savez que l’été est tout proche.

Devant les multiples mauvaises nouvelles de l’actualité, désastres, guerres et catastrophes, avec aussi nos craintes d’un cataclysme nucléaire ou climatique, deux attitudes sont tentantes. La première consiste à se hausser du col. Débordé, moi ? Jamais ! J’assure. Je maîtrise. Plutôt mourir que de dire : « Ça me dépasse » ! J’ai une réponse à tout. Avec moi, “il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions” : hommes politiques et chefs d’entreprise se sentent obligés de paraître ainsi, et des curés peut-être aussi. L’autre attitude, au contraire, est le renoncement : On n’y peux rien. En tout cas, moi, je m’en lave les mains. Je tâche de profiter de ma petite bulle, de mon douillet cocon, et le reste m’est égal.

L’exhortation de Jésus à ses disciples, « Redressez-vous et relevez la tête », s’oppose aussi bien à l’une qu’à l’autre. C’est pourquoi la débauche et l’ivrognerie d’une part, et les soucis de la vie de l’autre sont mis dans le même sac comme aboutissant au même résultat : l’alourdissement du cœur. Le disciple du Christ reconnaît que les événements du monde, terribles et inattendus, le dépassent. Pourtant, il ne les fuit pas dans le plaisir égoïste, il ne se prend pas non plus au délire de ceux qui prétendent conduire le monde comme une machine qu’ils auraient comprise : il s’associe aux hommes de bonne volonté pour prendre courageusement ses responsabilités, selon ses capacités. Et il le fait avec un cœur d’autant plus constant et généreux que la foi le porte, celle de l’Église qui croit au Dieu de Jésus Christ.

Nous ne pensons pas dominer le monde par nous-mêmes, mais nous croyons que Dieu, lui, maîtrise et assume cette histoire terrible. Seulement, pas à la manière des hommes. Car il s’est révélé en son Fils Jésus, délicat et humble de cœur, tendre et miséricordieux, lui qui viendra à la fin des temps, lui qui vient maintenant chaque fois que deux ou trois réunis en son nom accueillent la douce volonté de son Père pour le salut du monde.

Telle est l’Église, Temple de l’Esprit Saint parce que Corps de Jésus Christ, lorsqu’elle est digne de ce nom donné par Dieu à l’humanité en grand danger. Et elle l’est lorsqu’elle veille dans la foi et la prière, inlassablement, en faveur de tous les enfants des hommes pour qui le Christ a donné sa vie. Alors, elle est le figuier dont les branches s’attendrissent pour livrer ses feuilles en doux remède à toute détresse de l’âme et du corps, et ses fruits suaves de charité fraternelle. Souvent, les hommes ne la voient même pas ; et quand ils la voient, ils ne la comprennent pas.

C’est qu’ils ne voient pas encore l’enfant caché en elle jusqu’au jour où il sera manifesté dans sa gloire à la face de tous.